Les Saintes ……….. on retire le bas !

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Dans notre article précédant, les « Saintes, des Hauts», nous vous avons présenté l’ile principale de cet archipel. Son Histoire et sa culture nous ayant tellement charmés et pour vous éviter une indigestion, nous avons choisi, à l’instar de notre découverte (2 séjours), de scinder notre article en deux. Aujourd’hui, c’est donc la deuxième île de l’archipel que nous vous présentons avec les « Saintes : on retire le bas ! ».

Mouillage à Grande Baie : 

Nous quittons les eaux claires de la plage du Pain de Sucre, contournons la « Pointe à Nègres » en direction du  mouillage de Fideline, du nom de l’usine de poterie éponyme, aujourd’hui renommée « Grande Baie », pour masquer son passé esclavagiste. 

Le port de l’anse des Mûriers : 

À peine arrivés, nous nous rendons au port voisin par la terre (possibilité d’y accéder rapidement en annexe par beau temps).

Sur la plage comme sur la route menant au village nous sommes frappés par la présence de nombreux débris laissés par le naufrage de voiliers, dont les morceaux complètement disloqués ont été regroupés en bord de route…Arrivés au port, où se trouvent l’office du tourisme et le loueur de voiturettes électriques Iguana Location, (seuls véhicules autorisés à la location avec les scooters), nous nous désaltérons au bar attenant, en discutant avec la propriétaire. Il n’y a pas foule, elle nous parle de sa vie sur l’île, de l’école, de l’intégration des non natifs, du commerce…Alors que nous abordons le sujet des spécialités culinaires locales, avec le célèbre restaurant Chez Eugenette (spécialisé notamment dans la préparation des poissons coffres), un homme qui vient d’arriver, rejoint notre échange. Très vite nous découvrons avec stupeur qu’il fait partie des malheureux plaisanciers ayant perdu leur bateau à Grande Baie. Christophe, dit « Tarzan », arrivé aux Saintes il y a plus de 30 ans, nous raconte la perte de son compagnons de vie. Bloqué en métropole, il n’a rien pu faire contre la houle dévastatrice, déclenchée par l’ouragan Béryl, qui a déferlée sur les côtes sud des caraïbes. Son témoignage et la perte irrémédiable de sa plus « fidèle femme », nous touche profondément. La houle, doublée d’une montée des eaux a pris au dépourvu les pêcheurs et voileux tout au long de la côte. Dans le port, les eaux sont montées de plus de deux mètres, inondant tout, y compris le bar où nous sommes tranquillement en train de contempler le coucher du soleil. 

Nous quittons nos hôtes à bord de notre voiturette, la garons à l’abri des regards. C’est notre surprise de demain pour les enfants. 

 

Le bourg de Grande Anse. 

On a promis aux enfants une belle découverte de l’île à pieds ! C’est donc avec deux jeunes super motivés que nous abordons la rue principale du bourg de Grande Anse…Occupés à photographier le lambi monumental qui trône dans un jardin d’enfants, les sourires reviennent quand ils voient Steph nous rejoindre avec notre voiturette 😅

Nous avons la journée pour découvrir Terre de Bas, et commençons notre tour par le bourg de Grande Anse, embouquant les pas des premiers habitants de l’île : les Arawaks (encore eux !!!)

Si l’île est mentionnée pour la première fois en 1493 par Christophe Colomb, elle reste un territoire amérindien jusqu’au XVIIe siècle. Les premiers habitants, présents dès le XIIIe siècle, y laissent des traces sous forme de poteries et d’outils en conque de lambis, témoignant de leurs activités agricoles, notamment la culture du coton et du manioc.

L’installation définitive des colons français ne se fait qu’en 1660. Comme les Amérindiens avant eux, ils choisissent Grande Anse pour sa baie naturellement protégée, entre la Pointe Noire, l’îlet à Cabrit et le Pain de Sucre. À cette époque, il n’existe pas encore de bourg : les habitants, environ 400 colons blancs, vivent dispersés sur leurs plantations de pois et de maïs. L’île sert aussi d’escale discrète aux pirates et corsaires, qui viennent y échanger leurs prises et se ravitailler. La vie collective se limite alors à la messe dominicale, célébrée dans une petite chapelle à Grande Anse.

Le bourg de Grande Anse ne voit véritablement le jour qu’après l’abolition de l’esclavage en 1848, avec l’installation des 160 à 180 travailleurs de la poterie. Il compte aujourd’hui environ 700 habitants. Il conserve une structure simple : une rue principale aux hauts trottoirs peints en rouge, bordée de jolies cases, reliant le port à la baie. La plage située côté Atlantique, est fréquemment envahie par les sargasses, poussées par la houle. Lors de notre passage, elle en était recouverte, offrant un dégradé de couleurs, malheureusement accompagné des odeurs caractéristiques des algues en décomposition.

À noter le restaurant Chez Eugenette, un incontournable que nous n’avons pu tester, tant les places sont recherchées. Réservation impérative pour y déguster des petits trésors…


 

Anse de Grande Baie & la poterie Fidelin

Un incontournable pour tout visiteur curieux de comprendre l’histoire de Terre de Bas. Comme pour Terre de haut, l’aridité des îles de l’archipel exclue d’office l’exploitation de la canne à sucre. Pourtant les colons de Terre de Bas, réussissent à tirer leur épingle du jeu avec la création d’une poterie particulièrement reconnue pour sa conception des formes à sucre. Si la liste des différents propriétaires de la poterie entre 1750 et 1850 est longue, c’est la venue de la famille Fidelin qui va lui donner son essor. Très tôt elle va employer 150 personnes, principalement des esclaves, soit 1 habitant de l’île sur 4 ! 

Nous empruntons un joli chemin au bord de la baie où est mouillé Boomerang, pour accéder au site de l’ancienne usine. 

À part des ruines, pas grand chose à voir, si ce n’est un panneau très bien réalisé expliquant le choix de son implantation et son fonctionnement à l’époque.

 



En cette fin de XVIII siècle, l’activité potière semble exclusivement tournée vers la fabrication de « formes à sucre » et de pots à

raffinerie. La production doit permettre de satisfaire la forte demande des sucreries de tout l’archipel de la Guadeloupe. En

effet, chacune d’entre elles possède environ 3000 formes à sucre et leur renouvellement (lié à la casse) est primordial.

Les formes à sucre de plus de 50 cm de haut sont cuites dans des fours de grandes dimensions. La terre est amenée de Terre-de-Haut puis travaillée sur le site de la poterie par des esclaves. En 1811, l’habitation en compte 121, puis 130 en 1837. Ils sont potiers, bien sûr, mais sont également chargés du transport de la terre et des poteries sur des pirogues à y rames. Certains sont employés à couper le bois dont la poterie est très consommatrice, d’autres alimentent le four ou encore battent la terre.

La poterie de Terre-de-Bas joue un rôle important dans l’économie sucrière de l’archipel guadeloupéen, fournissant en matériel les exploitations qui ne possèdent pas leur propre atelier. Une fois cristallisé à l’aide des pains à sucre, le précieux chargement est transporté par voie maritime jusqu’en Europe.

 

 

« La forme à pain de sucre est un récipient conique, pouvant parfois être cerclé de bois afin d’être renforcé. La pointe percée permet à la mélasse de s’écouler et au sucre de refroidir puis cristalliser, tout en lui donnant ainsi une forme de cône, caractéristique du pain de sucre. Ces formes céramiques possèdent traditionnellement sept tailles différentes, qui correspondent à une contenance mais aussi à une qualité de produit alors obtenu … Le sucre obtenu pourra ainsi se dénommer cassonade bâtarde, cassonade blanche, bâtarde fine, vergeoise, (cassonade de) tête de vergeoise, mélis fin, mélis blanc

Source : Échos du CrahamLes céramiques de raffinage du sucre en France : émergences et …

 

Le Bois d’Inde ou l’Or vert de Terre de Bas

Nous reprenons la route et longeons la côte en quête de « l’Or Vert » de Terre-de-Bas. Si la poterie a marqué l’histoire de l’île, elle n’était pas sa seule activité économique. Dès le XVIIe siècle, de nouvelles cultures se développent : l’indigo, le cacao et surtout le café. 

Le moka de Terre-de-Bas, réputé pour sa qualité exceptionnelle, était si prisé que Napoléon Bonaparte et Louis XVIII en faisaient venir exclusivement à leur table. Pendant longtemps, ces cultures ont coexisté avec la poterie, s’intégrant pleinement à l’économie locale avant de disparaître progressivement. 

Mais une autre richesse végétale a marqué l’histoire de Terre-de-Bas : le bois d’Inde. Cette plante aromatique, connue sous le nom de Pimenta racemosa, est utilisée aussi bien en cuisine qu’en médecine traditionnelle. Sa distillation permet d’obtenir une huile essentielle aux parfums variés – girofle, anis, citronnelle – aux multiples vertus thérapeutiques.

À Terre-de-Bas, la culture du bois d’Inde a donné naissance à deux distilleries. La première, située à Grand Baie sur le site même de la poterie, fut l’une des pionnières en la matière. La seconde, fondée dans les années 1920 à Petites Anses, dans le quartier de Fond, a poursuivi cette tradition. Bien que cette activité ait décliné, elle n’a pas complètement disparu.

Nous rencontrons Gérard Beaujour, qui, avec sa femme Jeannise, perpétue cet héritage en exploitant une parcelle familiale comptant environ 3 000 pieds de bois d’Inde. Aujourd’hui, ils sont les seuls distillateurs d’huiles essentielles de bois d’Inde en Guadeloupe, Martinique et Guyane, préservant ainsi ce patrimoine végétal unique. Gérard nous parle avec passion des bienfaits de cette huile précieuse. Nous sentons, nous goûtons… Sa réputation n’est plus à faire, et les Antillais de tout l’archipel, fervents adeptes de médecines naturelles, viennent régulièrement s’y approvisionner.

 

Le bourg de Petites Anses, capitale administrative 

Après notre rencontre avec Gérard Beaujour et la découverte des vertus du bois d’Inde, l’heure tourne et nos estomacs commencent à réclamer leur dû. Il est bientôt midi, et quoi de mieux qu’un bon repas pour poursuivre notre immersion dans l’histoire et la culture de Terre-de-Bas ? Direction Petites-Anses, un bourg emblématique de l’île.

Fondé en 1817 par Sainte-Marie Grizel, Petites-Anses est le premier bourg officiel de Terre-de-Bas. Son fondateur y fit construire la première église et dota les prêtres de terres curiales, appelées les Tè à pè, qui s’étendaient depuis le cimetière et couvraient une grande partie sud du bourg. Ce choix d’implantation ne devait rien au hasard : les deux anses qui bordent Petites-Anses offrent un mouillage bien protégé des vents dominants, garantissant un accès sûr pour les embarcations et facilitant les échanges avec Basse-Terre, capitale de la Guadeloupe.

Contrairement à Gande-Anse, qui entretient des liens privilégiés avec Terre-de-Haut, regardant vers Trois-Rivières et Capesterre, (centre politique du canton auquel appartiennent les Saintes), le bourg de Petites Anses situé à l’ouest entretient des rapports étroits avec Basse Terre la capitale administrative de Guadeloupe. Après l’abolition de l’esclavage en 1848, le bourg de Petites-Anses, a conservé son importance en devenant le centre administratif de l’île. Aujourd’hui, il abrite la mairie, la poste et les principales infrastructures de services, notamment les écoles qui accueillent les enfants de toute l’île. Avec environ 800 habitants, Petites-Anses demeure le cœur institutionnel de Terre-de-Bas et joue un rôle clé dans la gestion de l’archipel des Saintes.

Nous traversons le bourg en quête d’un restaurant les rues sont impeccablement tenues. Tout est hyper propre et les trottoirs toujours en rouge … nous nous arrêtons dans une supérette pour faire le plein d’eau, avoir quelques avis éclairés sur les bonnes adresses du coin. Nous y rencontrons des locaux, tranquillement installés à papoter à la fraîcheur de la clim avec le caissier, une binouse à la main. Ils nous parlent de leur attachement à cette île si particulière et de leur volonté de la préserver et d’y passer leurs vieux jours. Ils nous éclairent sur l’origine de ces trottoirs rouges qui nous intrigues et de cette propreté impeccable (plutôt typique des îles anglo-saxonnnes que françaises) : pour occuper et maintenir les jeunes dans l’île, la mairie les embauche chaque été contre un petit salaire. Bien vu ! 

Nous jetons notre dévolu sur une terrasse qui surplombe le port de Petites Anses, et nous régalons de cochon roussis. 

 

En guise de promenade digestive, nous nous rendons à l’Anse à Dos située au Nord du port de Petites Anses. Nous tombons sous le charme de cette crique et de ses carbets et nous promettons d’y revenir en bateau. C’est « the place to be » pour faire une BBQ party. 

La mare « Grand trou » 

Il est temps de rebrousser chemin, et de toute façon, sur ce côté de l’île, les « routes » ne sont plus carrossables pour notre petite voiturette électrique 🤣Reste une halte incontournable : la mare « Grand Trou ». 

Véritable prouesse d’ingéniosité, cette retenue d’eau collective, creusée à même la roche par les habitants du village, était autrefois essentielle à la vie quotidienne. Profitant d’une dépression naturelle, les villageois l’avaient taillée directement dans la pierre, garantissant une réserve d’eau durable et protégée de l’évaporation sous le climat chaud des Antilles.

Bien plus qu’un simple point d’eau, Grand Trou jouait un rôle central dans la communauté. Il servait à l’alimentation en eau potable, à l’abreuvage des animaux, au lavage du linge et constituait une précieuse réserve en période de sécheresse. Son entretien relevait d’une gestion collective : chacun veillait à préserver la propreté de l’eau et à en garantir l’accès équitable. Ce bassin était aussi un lieu de vie et d’échanges, où les villageois se retrouvaient pour accomplir leurs tâches quotidiennes.

Cet endroit témoigne d’une époque où l’adaptation aux ressources naturelles était essentielle. Mais un tournant décisif s’est opéré au milieu du XXe siècle : avec l’arrivée de l’eau courante et de l’électricité dans les années 1950, le quotidien des 1500 habitants de Terre-de-Bas en a été bouleversé…

Aujourd’hui, cette mare a changé de vocation. Délaissée avec l’arrivée de l’eau courante, elle est devenue le royaume des tortues d’eau douce qui, attirées par quelques morceaux de pain jetés à la surface, émergent de toutes parts dans un ballet tranquille.

 

Point de vue du château d’eau 

Quoi de plus logique après notre passage à la mare au trou que de se rendre au point de vue du château d’eau, construit en 1910 au sommet du Morne de la Croix, à une altitude de 286 mètres. Le château d’eau n’ayant que peut d’intérêt, c’est le point culminant de l’île qui nous motive. La route qui permet d’y accéder est bien raide pour notre voiturette, mais le jeu en vaut la chandelle ! De là-haut, à côté de la citerne, le point de vue sur Terre-de-Haut et l’archipel des Saintes est absolument époustouflant. Depuis la table d’orientation, au large, vous distinguez très distinctement le Pain de Sucre, fièrement dressé, au pied du «Chameau», le point culminant des Saintes.

Vous l’aurez compris, Terre de bas est un petit paradis préservé du tourisme de masse. Ici le contact avec la population reste simple, sincère, et c’est assez exceptionnel dans les Antilles françaises pour le souligner. Nous ne manquerons donc pas d’y revenir, afin d’y explorer, ce petit écrin de nature qui recèle encore beaucoup de surprises.

Objectif  1 : parcourir à pieds le nord de l’île (de l’anse Pajot à Pointe Noire), partie encore exempte de routes carrossables.

Objectif 2 : Goûter les poissons coffre de Chez Eugenette

Objectif 3 : Passer du temps avec les habitants de l’île.

 

8 Replies to “Les Saintes ……….. on retire le bas !”

  1. Grand merci pour cette fort joli balade et l’histoire des lieux qui a bien meublé un dimanche de grisaille.
    Séduite par la photo de vous 4 dans la …voiturette

  2. Bonjour, nous revenons d’une quinzaine de jours en Guadeloupe; Nous sommes allés aux saintes mais pas le tempes de visiter Terre de bas; une prochaine fois ça donne envie; j’ai envoyé les infos à une amie qui vit à Basse terre depuis 6 ans;;;;merci. Mlaure

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