Convoyage Brazapi : Pays Bas – Bretagne Sud .

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Une des premières leçons que j’ai apprise en mer, c’est qu’il faut toujours faire le dos rond quand les conditions deviennent compliquées. Sur quelques jours, vous pouvez avoir un coup de vent, de la mer, de la pétole, suivi d’un coup de vent et à nouveau de vent faible.

Encore une fois ce convoyage a permis de vérifier cette règle…

Mais avant toute chose, retour en arrière sur la préparation de ce convoyage hivernal. Cette fois ci, il n’est pas question, eu égard à la période, de convoyer ce nouveau catamaran, tous les deux, Geneviève et Moi.

Nous devons constituer un team, que dis-je un commando pour effectuer cette « croisière » dans de bonnes conditions. L’équipe est constituée de 5 personnes : Christian Skipper pro, Manu qui a une bonne expérience des catamarans Lerouge (plusieurs mois aux Antilles), Gildas mon beau frère (expérience de voile légère), Geneviève et Moi.

Il faut tout d’abord emmener ce petit monde au Nord des Pays Bas. La solution la plus adaptée techniquement et financièrement, est la voiture de location qu’on laissera là bas. Entre les affaires personnelles, les affaires du bateau, la nourriture pour une semaine, le monospace est plein à craquer.

Direction Den Oever à plus de 12 Heures de route, en passant par l’autoroute des Estuaires, Lille, Anvers, et les banlieues de Rotterdam et Amsterdam.

Nous arrivons, la nuit est bien tombée, nous procédons au déchargement des affaires et rangement, et discutons avec l’ancien propriétaire, Martin, avant d’aller faire dodo.

On verra demain matin pour faire le tour du bateau avec l’équipage.

Lendemain matin venteux avec plus de 30 nds, on fait le tour du cata en détails et on repousse d’une journée, le départ. On en profite pour se promener dans le port de plaisance et le grand port de pêche voisin.

RDV fixé à 8H30, le lendemain avec Martin et cette fois c’est la bonne. On quitte le quai direction l’écluse pour sortie de cette mer intérieure : l’IJsselmeer.

Comme vous pouvez le voir sur l’image ci dessous, une digue-route relie le Nord Hollande à FrizeLand. A chaque extrémité, côté continent, une écluse puis un pont tournant permet de passer d’un côté à l’autre.

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Le pont passé, c’est l’heure des adieux entre « Heaven Can Wait » et son ancien propriétaire. Le moment est certainement compliqué pour lui et contraste avec notre enthousiasme de prendre la mer avec ce nouveau catamaran.

Le premier objectif est de remonter le chenal étroit pendant 10 miles, face au vent, donc au moteur, pour sortir entre le continent et les îles Frisonnes et rejoindre les eaux libres.
La progression est lente, face à du courant et face aussi à 30 nds de vent ; ça ira mieux quand le courant s’inversera 1 heure après.

Nous croisons un seul bateau péniche traditionnel sous une seule voile d’avant, et profitons aussi pour réparer un chandelier cassé pendant l’éclusage.

 

 

Nous atteignons la sortie, en face le grand port de Den Helder, et nous hissons la Grande Voile. La drisse est bloquée et nous oblige à réaliser quelques acrobaties sur le mat. Après 20 minutes, tout est en ordre, direction la haute mer.

Mais quelle stratégie adopter pour descendre la mer du Nord et la Manche ?

Pour éviter toutes les zones d’accès des cargos au port d’Amsterdam puis de Rotterdam, où les ronds points pour leurs changements de direction (ce n’est pas une blague !) nous décidons de ne pas longer la côte hollandaise et de filer directement, en face vers l’Angleterre. Nous passerons donc côté Anglais lors de l’étranglement entre Calais et Douvres, en limite Nord de la DST.

NB : les DST sont les zones de séparation de Traffic pour les gros cargos. Dans ces zones, que nous devons obligatoirement traverser perpendiculairement, la surveillance des cargos est permanente, car ces gros navires naviguent parfois jusqu’à 25 noeuds.

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Avec le recul, je pense que c’est la bonne décision, car cela permet d’éviter le fort traffic le long de la côte hollandaise, et de couper très rapidement les rails des cargos montants et descendants de ou vers la Mer de Norvège ou la mer Baltique. Une fois, ces rails coupés, et en naviguant au Nord de cet axe, le traffic est quasi inexistant excepté quand on s’approche du Cap Gris Nez.

Nous naviguons donc, direction l’Angleterre, sous un ciel bas et gris, au près bon plein avec 25 nœuds de vent et une mer hachée. Moi qui pensait que seul le Gascogne pouvait être une mer casse bateaux, et bien j’ai perdu … La mer du Nord est du même acabit.

Les chocs et bruits sont nombreux, et m’empêchent de dormir cette première nuit ; je croise aussi les doigts pour que la solidité ne soit pas mise en défaut.

Le deuxième jour en début d’après midi, notre vigie 🙂 nous annonce « Terre, Terre ». L’Angleterre n’est plus très loin. Nous descendons tranquillement le long du rail des cargos en direction de Douvres, sous un soleil printanier mais des températures très fraiches. Douvres sera passé en début de nuit, et nous retrouvons rapidement des conditions de mer plus confortables car la Grande île, nous protège du vent et la mer s’aplatie.

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Nous continuons toute la nuit à longer la côte en direction de l’ile de Wight. Les temps de repos sont plus appréciés et plus récupérateurs. Au petit Matin, nous arrivons à la fin de la DST du Pas de Calais, et prenons le cap direct sur Cherbourg, en surveillant attentivement tous les cargos.

Au fur et à mesure que la journée passe, le vent monte et la mer se forme.

Nous prenons, au bon plein plus de 40 nœuds de vent, pendant quelques heures, nous obligeant à réduire la voilure, et à gérer le passage des vagues de 3 ou 4 mètres par le travers. Le bateau avance fort (record à presque 16 nds) et nous arrivons sur Cherbourg en fin d’après midi à plus de 10 nds de moyenne.

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Quel soulagement d’être sorti de ce guêpier ! Enfin un peu de repos dans le port de Cherbourg. Nous nous arrêtons, en fait 2 jours, car les conditions météos sont encore plus mauvaises pour les prochaines 48 heures.

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On s’organise, on récupère des 3 jours et 2 nuits de navigations, et du stress engendré.
Visite de la ville, approvisionnements et visite de la Cité de la Mer, que je recommande au passage et notamment la visite du sous marin nucléaire « le Redoutable ».

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Merci à Alexandre pour le plein de course.

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Le temps maniable étant revenu, nous reprenons la mer en direction du Golfe du Morbihan. Sur la route, nous devons passer 3 monuments de la navigation « Normando-Bretonne » : Le Raz Blanchard, le chenal du Four, et le Raz de Sein. Une première pour nous !

L’expérience d’avant Cherbourg restant toujours en mémoire, nous partons sous GV 2 ris et 1/2 génois, nous verrons plus tard pour adapter les voiles aux conditions de vent. Cap sur le raz Blanchard, que nous souhaitons observer avant de s’engager. Nous maintenons donc une route directe sur Aurigny au cas où le Raz de Blanchard, ne serait pas praticable. A un rythme de sénateur, (nous avançons clairement sous toilé), un lagoon 380 nous dépasse, et mets le clignotant à gauche pour rentrer dans le Raz.

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Honte à moi, un Lerouge qui se fait doubler par un Lagoon. On aura tout vu ! 🙂

Finalement le Raz Blanchard sera presque une formalité, la mer est juste chaotique à son entrée car nous sommes juste à la renverse. Nous filons donc directement entre Jersey et Guernesey, en s’approchant de Serk, et en envoyant toute la voile dans des conditions mollassonnes.

Ce coin est vraiment formidable mais pas trop le temps de s’arrêter, nous y reviendrons un jour !

Jersey

La nuit tombe quand Jersey est dépassée, nous prenons le cap direct sur le chenal du four. Le vent tombe et nous appelons à la rescousse la risée Yanmar, aussi car les batteries sont assez faibles. Nous venons de découvrir que nous naviguions avec le radar en permanence depuis 24 heures. Le radar est très énergivore !

La mer étant calme, on prépare un bon repas pour soigner l’équipage ! Roti de porc, pommes de terre sautées au romarin et Vin Terrasses du Larzac 😉

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Mais cette risée « gasoil » nous tiendra jusqu’au lendemain matin et nous avançons sur une mer d’huile, tantôt avec le courant, tantôt contre.

Le chenal du Four est embouqué à la voile et au moteur, avec un fort courant contre. La progression vers la pointe St Matthieu est longue, à la vitesse fond de 2-3 noeuds. L’avantage, c’est qu’on a le temps de voir le paysage 😉

Dans ces conditions, la moyenne s’effondre, et le Raz de Sein est encore loin. Finalement, nous le passerons de nuit, vers 20 Heures avec une renverse pas encore établie.

Le vent est remonté dans les 20 nds, notre vitesse fond oscille entre 8 et de 9 nds. Nous sommes sereins à l’approche de Tévennec, la mer est très correcte pour cette endroit, nous maintenons une bonne vitesse et nous passons à la lumière des phares.

Au final, nous effectuons un superbe slalom, pleine balle, de nuit, dans ce passage « mythique » en rencontrant une mer chaotique juste à la sortie.

Grand moment que cet instant de navigation ! un peu de tension pour une première, un cata qui glisse et une trajectoire parfaite !

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Mais l’instant est de courte durée, car le vent monte à nouveau jusqu’à presque 30 nds, notre progression vers Penmarch puis Groix, se complique fortement.

Le courant traversier fort, nous fait tirer des bords presque carrés, dans une mer bien démontée (le sentiment est toujours renforcé de nuit).

Le cata tape fort, les bruits sont toujours suspects, et le sommeil compliqué.

Ouf, le jour se lève quand nous longeons Groix, direction la Teignouse. Le vent est plus maniable, et la mer se calme, nous retrouvons notre bassin de navigation, la baie de Quiberon.

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La baie de Quiberon, est un bassin autrement plus protégé que la Mer du Nord, La Manche et le Gascogne.

En l’espace, de 3 mois on aura gouté aux 3,
1000 miles parcourus sur ces mers plus difficiles,
Expérience hauturière obligatoire pour voir plus loin…

L’arrivée au mouillage est bienvenue avec encore 3 jours et 2 nuits de navigation ininterrompue.

L’accueil de la famille et des enfants est magnifique, sur la petite cale de Port Anna.

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Encore une belle nav de plus de 600 miles, en période hivernale. L’expérience augmente et c’est ce qui nous importe ! Un convoyage n’a rien d’une croisière tranquille surtout en octobre Novembre 😉

Merci à toute l’équipe !

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PS 1 : Conciliabule de Boomerang et Boomerang² à Séné

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PS 2 : Boomerang² est sorti de l’eau depuis le 20 Novembre. Nous attaquons un gros refit pour les navigations de 2019.

Vidéo de 6 minutes qui résume l’ensemble du convoyage.
De belles images dans du gros vent !

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