Quand on découvre une nouvelle île, surtout St Barth aux préjugés bien établis pour son côté bling bling, il faut souvent avoir un peu de chance. Après avoir atterri de Guadeloupe, dans la magnifique baie du Gouverneur, baie aux eaux incroyablement transparentes, aux falaises couleurs ocres et chatoyantes, nous nous rendons à Gustavia, ville principale de l’île.
A ce moment là, il faut bien ouvrir les yeux, car à cette période de l’année (Janvier), c’est la grande affluence entre les voiliers de voyages et les Mega Yachts du club fermé des millionnaires et milliardaires.
Les zones mouillages sur l’ancre sont rares et nous décidons de nous poser au pied du fort Oscar, à proximité du port, des boutiques de luxe et des restaurants gastronomiques.
A peine arrivé, on décide d’aller faire un tour à terre, pour humer l’ambiance locale et accessoirement boire un verre dans le plus vieux bar de l’île. Petits cocktails pris, nous flânons dans les ruelles, contemplant les boutiques de marques, les mêmes que celle des Champs Elysées, rien que ça !
Au hasard de mes pas, je vais tomber sur une librairie.
J’envisage alors dans un empressement urétral (comme une envie de pisser dans le texte), de pénétrer dans cet établissement que je n’ai plus côtoyé depuis des mois, pour acheter le dernier magazine mensuel de voile. Quelle idée dingue de replonger dans cet univers marketing et commercial, vendant du rêve, qu’on côtoie dans sa réalité depuis maintenant 6 ans.
Devant l’étal, une envie de vomissement me prend, et je remets à jamais l’achat de cette littérature au combien enrichissante. Je lève la tête, la tourne à gauche et à droite et observe dans un coin du local, une partie bibliothèque qui bien évidemment me fait de l’oeil.
Moi illustre lecteur de romans techniques , je m’émerveille devant un titre « Le Flying Gentleman, l’histoire du dernier aventurier des Caraïbes ». Je me pince pour y croire : est-ce un roman ou une biographie ?
Croyez le ou non, ce livre va changer littéralement notre perception de ce petit Joyau de St Barth. Cette biographie écrite conjointement par l’ami et le petit fils de l’aventurier, retrace la vie mouvementée de Rémy de Haenen, illustre marin, aviateur, contrebandier, trafiquant et accessoirement maire de Gustavia et conseiller général de Guadeloupe (je plaisante pour accessoirement).
Avant de planifier une visite de l’île en voiture, il me semble donc opportun à cet instant, de lire ce bouquin qui m’est tombé du ciel. J’égrène les pages comme rarement, m’interrogeant continuellement sur la véracité des phrases, des propos et des expériences de vie.
Je suis subjugué par cet homme que je ne connais pas, pensant toujours à un scénario de film mais aussi à deux autres livres découverts grâce à mon ami Jean Louis, qui retracent aussi la vie extraordinaire d’un autre selfmade man.
Je vous livre mes secrets, ne mourrez pas sans lire le livre biographique « L’avion du Blanc » de Jean Claude Brouillet et sa suite « l’île aux perles noires » si vous aimez avec épicurisme, la vie, l’aventure et l’épanouissement de soi.
Ça me fait aussi penser à un autre personnage cette fois ci vivant, qui a contribué largement à l’essor de petites îles du Sud des Antilles. Ce dernier personnage, je l’ai rencontré rapidement, et à son contact, vous percevez immédiatement le charisme, la volonté et l’engagement, surtout après le terrible épisode du cyclone Béryl de l’année dernière. Je tais son nom par discrétion et d’aucun sauront le reconnaître !
Le point commun de ces 3 personnages est qu’ils sont d’abord, aviateurs puis marins. Le point commun de leur expérience, est de s’être exilé à un moment ou un autre, sur des cailloux au milieu de l’océan. Des cailloux où il n’existait rien ou pas grand chose.
L’avion et le bateau et bien évidemment l’esprit entrepreneurial ont fait le reste.
Ainsi est né St Barth ! ainsi que d’autres petites îles de l’arc antillais ou polynésien !
Ce Rémy de Haenen n’a pas seulement façonné St Barth, mais aussi St Martin et la petite île de Tintamarre où nous étions passés l’année dernière. Cet homme à mis en place juste après la guerre « l’aéropostale antillaise », créant des pistes sur de nombreuses îles, telle que l’improbable Saba et ses reliefs accidentés.
Il a donc contribué au lien entres les populations, à l’avitaillement , au secours et a bien d’autres missions particulières. Il est l’heure de découvrir tout ceci en image.
Nous quittons donc Gustavia pour rejoindre l’aéroport de l’île en passant au giratoire avec sa célèbre statue. La statue située au rond-point de l’aéroport de Saint-Barthélemy, également connu sous le nom d’aéroport Rémy de Haenen, est une œuvre intitulée “Savaku”. Elle représente un guerrier amérindien Arawak et symbolise l’âme de l’île. Le nom “Savaku” signifie “l’esprit des forces de la nature” en langue Arawak.
La statue se dresse sur un rocher en forme de Saint-Barthélemy vu du ciel. Le guerrier Arawak, armé d’une lance dans la main droite, protège son territoire. À ses pieds, un pélican, symbole de l’île, évoque l’air et la survie par la pêche, tandis qu’un iguane représente la terre, la sagesse et la patience.
Ainsi, “Savaku” incarne la connexion profonde entre les habitants de Saint-Barth et leur environnement naturel, rendant hommage à l’héritage amérindien de l’île.
L’aéroport de St Barth : Rémy de Haenen
Considéré comme l’un des aéroports les plus dangereux du monde, nécessitant une qualification particulière, le spectacle du bord de la route est saisissant avec ces avions plongeant violemment et au dernier moment sur cette piste rejoignant la mer aux milles nuances de turquoise. Un cadre enchanteur pour une expérience certainement ahurissante. Vous l’aurez compris : ce lieu fait partie de la légende de cet île grâce à notre ami Rémy….
Sur la route….
A ce fameux rond point aérien, nous prenons à gauche direction l’anse des Cayes, les Flamands et la confidentielle Anse du Colombier, que nous avions découverte rapidement l’année dernière. Cette partie de l’île est « réservée aux locaux ». Les habitations traditionnelles se succèdent et sont bien évidemment moins ostentatoires que dans les autres parties de l’île.

Sauf que tout au bout de cette route, se trouve une des premières propriétés privées, avec une vue incroyable en contre plongée sur l’anse du Colombier. Cette propriété a appartenu à la Famille Rockfeller. Contemporains et amis de Rémy de Haenen, la famille y avait ses habitudes, à l’abri des paparazzis. Inhabitée depuis des années, la propriété a été vendue récemment pour la modique somme de 136 millions de dollars !
Corrosol
Retour par le village de Corossol, qui est un petit hameau pittoresque qui a su préserver son authenticité et ses traditions. Connu pour son ambiance typiquement antillaise, il tire son nom du corossol, un fruit tropical aux multiples vertus.
Corossol était historiquement un village de pêcheurs et de marins. Ses habitants, souvent d’origine normande ou bretonne, ont développé une culture spécifique, influencée par les vagues de migration venues d’Europe au XVIIIᵉ siècle. Contrairement aux zones plus urbanisées de l’île, Corossol est resté longtemps isolé, ce qui a favorisé la conservation de ses traditions.
Le village est réputé pour ses maisons en bois aux toits de tôle, typiques de l’architecture traditionnelle de Saint-Barth. Ses rues étroites et son petit port témoignent encore de son passé maritime. Autrefois, la pêche et l’agriculture de subsistance étaient les principales activités des habitants.
Corossol est également l’un des derniers endroits de Saint-Barthélemy où l’on parle encore le vieux patois normand, vestige linguistique des premiers colons européens. Cette particularité linguistique en fait un lieu unique sur l’île.
Bien que Saint-Barthélemy soit une destination prisée par les touristes et les célébrités, Corossol a réussi à garder son charme authentique, contrairement à Gustavia ou Saint-Jean, qui se sont beaucoup modernisés. La plage de Corossol, bordée de bateaux de pêche colorés, est un lieu paisible apprécié pour sa tranquillité.
Comme dans de nombreux villages antillais, la religion joue un rôle central dans la vie de la communauté. Corossol possède une petite chapelle, où se tiennent encore des célébrations traditionnelles.
Si Corossol a évolué avec le temps, il reste un symbole du Saint-Barth authentique et préservé. Les initiatives locales visent à protéger son patrimoine culturel et à éviter la gentrification qui a touché d’autres parties de l’île.
C’est donc un lieu chargé d’histoire, où l’on peut encore ressentir l’âme de l’île telle qu’elle était avant le boom touristique.
Baie de St Jean
La Baie de Saint-Jean est l’une des plages les plus emblématiques de Saint-Barth. Située à proximité de l’aéroport Rémy de Haenen, elle séduit par son sable blanc, ses eaux turquoise et son ambiance chic et décontractée. C’est un lieu incontournable pour ceux qui veulent profiter du meilleur de l’île, entre détente, sports nautiques et sorties branchées pour les touristes.
Bien évidemment, on laisse ça pour les autres, mais on ne peut rester insensible à L‘Eden Rock, premier hôtel de l’île édifié par Rémy de Haenen et ayant accueilli les plus riches de ce monde à une époque lointaine.
Il a malheureusement donné l’idée à bon nombre d’autres lieu de fêtes, j’en conviens dans un lieu particulièrement esthétique et notamment le fameux Nikki Beach, club de plage réputé pour ses fêtes élégantes, où l’on peut déguster un cocktail au son de la musique lounge en bord de mer.
Lorient
Après St Jean, nous prolongeons la découverte vers Lorient niché sur la côte nord. Ce village est l’un des joyaux méconnus de cette île. Bien loin de l’effervescence de Gustavia ou de la sophistication de Saint-Jean, Lorient séduit par son charme authentique et son ambiance paisible.
Nous avons rendez vous avec Johnny Halliday qui a choisi ce lieu comme dernière maison. Sans être un grand fan, Johnny a marqué l’existence de plusieurs générations de Français, et nous avons tous suivi, avec bruit et fracas, sa fin de règne puisque c’était le Roi.
Quel lieu de dingue !
Ce petit cimetière dégage une énergie incroyable, en foulant son sol recouvert de sable, à la fois simple et authentique comme devait être l’homme. Ce cimetière se situe en plein milieu du village, et quand vous y pénétrez, vous semblez rentrer dans une espèce de bulle coupée du monde.
Sa tombe est bien évidemment recouvertes de témoignages, de plaques, de fleurs et remplie d’amour !
Quel merveilleux endroit pour reposer en paix…
Pointe Milou
Nous continuons notre découverte vers le Nord Est de l’ile et le havre d’élégance et de sérénité de la pointe Milou.
La Pointe Milou est l’un des quartiers les plus exclusifs et recherchés de l’île. Réputée pour ses panoramas à couper le souffle et ses couchers de soleil inoubliables, cette presqu’île est une véritable perle pour les amateurs de luxe, de tranquillité et de nature préservée.
Composé de villas de luxe, souvent nichées sur les hauteurs et offrant une intimité absolue, cet endroit est époustouflant. Ici, l’architecture élégante et contemporaine se fond dans un décor naturel exceptionnel. De nombreuses propriétés disposent de piscines à débordement et de terrasses ouvertes sur l’horizon, offrant des vues spectaculaires du lever au coucher du soleil.
Ceci a quand même un prix avec un ticket d’entrée à 10 millions d’euros minimum, mais quand on aime, on ne compte pas, n’est ce pas ?
Grand & Petit Cul de Sac
Direction le Grand Cul-de-Sac qui est une lagune peu profonde aux eaux cristallines, idéale pour le snorkeling, le paddle et le kayak. C’est un spot réputé pour observer les tortues marines et les raies. Une espèce de petite mer intérieure !
Petit Cul-de-Sac, plus sauvage et moins fréquentée, est une baie plus rocheuse avec des piscines naturelles à proximité, parfaites pour ceux qui recherchent un coin tranquille loin des foules, et pour observer la mangrove.
Grand fond ou la côte sauvage
Grand Fond est l’un des endroits les plus sauvages et spectaculaires de Saint-Barth. Situé sur la côte atlantique, il est bien différent des plages de carte postale avec sable blanc et lagons tranquilles. Ici, c’est une côte rocheuse et exposée aux vagues. Les plages sont composées de galets, balayées et façonnées par la houle de l’océan atlantique.
En face et délimitant des zones de pâturages, où les troupeaux semblent avoir cependant disparus à l’exception de quelques chèvres, des kilomètres de murets de pierre, nous rappellent l’Irlande. Mais il existe aussi le long de cette côte façonnée par le vent et la mer, des piscines naturelles dont l’accès est réservé à des journées très calmes.
Anse du gouverneur
Nous sommes sur la route du retour vers Gustavia en passant par une route à flanc de montagne abracadabresque et passons à proximité de cette plage magnifique qui avait saluée notre arrivée lors de notre navigation à partir de la Guadeloupe.
Parmi les trésors naturels de Saint-Barthélemy, l’Anse du Gouverneur se distingue comme l’une des plages les plus spectaculaires et préservées de l’île. Cette plage séduit par son cadre sauvage, son sable blanc immaculé et ses eaux turquoise étincelantes, bordées de falaises ocres.
L’Anse du Gouverneur est également enveloppée de mystère. Une légende locale raconte que le pirate Montbars le Terrible, ayant écumé les Caraïbes au XVIIe siècle, y aurait caché un trésor encore jamais retrouvé. Malheureusement nous n’avons pas le temps et les moyens pour cette chasse au trésor d’un nouveau genre !
Gustavia
Capitale de Saint-Barthélemy, Gustavia est une petite ville portuaire au charme indéniable. Avec son mélange d’élégance française, de touches caribéennes et d’influences scandinaves héritées du passé suédois de l’île, elle est un incontournable.
Située autour d’une baie naturelle, Gustavia est le principal port de l’île. Elle accueille aussi bien les petits voiliers que les méga-yachts de luxe, surtout en haute saison. Le port est entouré de maisons colorées et de boutiques haut de gamme, créant une atmosphère à la fois authentique et sophistiquée.
Nous n’avons pu résister à la tentation de boire un cocktail au plus vieux bar-restaurant de l’île, ouvert en 1949, le fameux Le Select (célèbre pour son cheeseburger, qui aurait inspiré le « Cheeseburger in Paradise » de Jimmy Buffett) et poser notre cul, aussi au passage, sur la même chaise que Johnny.
L’atmosphère est vraiment sympathique, la décoration hétéroclite et les barmans accueillants. Pour la bouffe c’est clairement moyen mais carrément abordable pour cette île.
Il ne faut bien sur, pas oublier les panoramas d’exception sur cette baie au combien mondialement connue avec les visites suivantes :
Le Fort Gustav et les ruines du Fort Karl, vestiges de l’occupation suédoise, offrent une vue panoramique sur la ville et la mer.
Je terminerai par aborder le sujet des habitants de St Barth.
Même si l’île accueille bien évidemment le gratin mondial, les St Barth n’ont pas oubliés leurs origines modestes. Pour les quelques habitants avec lesquels, nous avons pu échanger, leur simplicité n’a d’égale que leur sincérité. Exit le côté bling bling des clients, nous restons dans le respect de la relation humaine : simple et chaleureux et surtout intelligent.
Ile fourchue
Je fais juste une petite parenthèse sur cet îlot sauvage situé à quelques encablures de l’île principale. Cette réserve naturelle est juste extraordinaire et je vous laisse redécouvrir l’article du blog que nous avions rédigé l’année dernière : ile fourchue : quasi seuls au monde !
Pour conclure
Je terminerai donc par citer la fin du livre et je sais que ça ne se fait pas. Mea Culpa !
Mais cette fin n’offre aucune surprise sur la connotation et l’analyse froide de Rémy de Haenen sur le développement de son ile :
– une spéculation foncière croissante
– un mitage paysager
– une saturation immobilière et son corollaire
– une spéculation locative surréaliste,….. et enfin tous les problèmes liés à l’eau, l’électricité, la pollution, les communications routières, etc. Ce n’est pas à ce St Barth là que je rêvais, pour ce genre de tourisme, il existe déjà St Tropez, Ibiza, Marbella etc.
Enfin le seul point positif, pour lequel je me suis longtemps démené et qui n’est pas rien, c’est l’indépendance de l’île par rapport à la Guadeloupe
Rémy de HAENEN
Personnellement, je m’interroge sur l’avenir des Antilles Françaises, et notamment sur le fait de reproduire le statut de communauté autonome sur la Guadeloupe et la Martinique. Une espèce de zone franche tout en modérant l’aspect de spéculation et en continuant de limiter son développement immobilier. Le problème de la vie chère aux Antilles françaises est réel mais St Barth et St Martin longtemps sous le joug de la Guadeloupe, ont réussi en partie à s’exonérer de ça par des salaires en accord avec le coût de la vie locale, par une fiscalité attrayante et bénéfique aux importations et au travail, et surtout par l’absence d’une certaine manière, de l’oligarchie coloniale béké.
Les élus Guadeloupéens souhaitent une fusion entre la Région Guadeloupe et le Département Guadeloupe. J’espère infiniment que nos politiques métropolitains, vont prendre la pleine mesure de la situation préoccupante et lire pour leur propre éducation et leur propre culture générale, ce livre « The Flying Gentleman » qui explique en partie la réussite exemplaire mais peut être exubérante de cette petite ile française.















































Merci Stephane.Je me suis laissée porter partout n enthousiasme et ma foi,à ma grande surprise, je découvre outre la beauté « touristique, » une histoire très singulière ds un décor hors normes.Tres interessant
Merci Marie
Parfois la rumeur ou les préjugés gâchent la fête et la découverte ! Heureusement j’avais eu une envie de pisser prémonitoire….