Des mois se sont écoulés depuis notre dernière parution sur le blog, mais nous avons été particulièrement occupés entre mai et Décembre 2023 car Geneviève et Camille sont rentrées en Métropole pour préparer un déménagement…
Nous avons en effet décidé d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs.
Petit flash back :
Lors de notre précédent voyage en 2019-2020, nous avions quitté notre Bretagne et vendu notre maison en cours de voyage. Le Covid et son confinement, nous avait alors cueillis en Guadeloupe, côté mer des caraïbes, à Malendure.
Notre découverte de l’archipel guadeloupéen en était à ses débuts. Seule Marie Galante nous avait livré ses trésors, mais tout restait à découvrir. Le confinement imposé a stoppé net notre voyage. Comme tout le monde nous nous sommes posés beaucoup de questions, avons évaluer les hypothèses qui se présentaient à nous et finalement opté pour un retour en métropole, par cargo pour Boomerang et par avion pour la famille et notre minette Bianca.
De retour en Bretagne en Mai 2020, nous avons passé 2 ans, toujours sur Boomerang 2, notre seule maison, dans le port de Vannes. Comme pour tout le monde, ce n’était pas, à proprement parlé une période très fun… et nos envies de voyage étaient toujours présentes, à une petite différence près quand même.
Nous avons alors envisagé d’acheter une maison aux Antilles. L’idée était d’associer un pied à terre à notre futur bassin de navigation : la Grande mer des Caraïbes.
Les rencontres dans la vie ne sont jamais le fruit du hasard. L’acheteur de Boomerang 1, devenu un copain, nous glisse le nom de Deshaies à l’oreille. Une opportunité se présente et se concrétise grâce à la complicité de Jean François, un bateau copain du premier voyage, domicilié en Guadeloupe. Il réalise pour nous la visite de notre futur maison et 24 heures après nous devenons propriétaire d’une villa traditionnelle, dans un DOM que nous ne connaissons pas et dans un village que nous n’avons jamais visité.
Autant dire qu’à ce moment là, nous partons dans l’inconnu absolu, mais aucun de nous, n’a cédé à la panique ou au stress dans cette nouvelle aventure semi-terrestre et maritime.
Oui semi-terrestre car nous souhaitons faire l’inverse de beaucoup de personnes, en habitant à terre et dans notre maison pendant la période cyclonique (Août- Mi-décembre), et en continuant le voyage le reste de l’année.
Une fois notre déménagement effectué et la régularisation de notre situation fiscale, grâce aux douanes de Pointe à Pitre très efficaces, nous sommes officiellement résident guadeloupéens en Juin 2023.
Un nouveau chapitre s’ouvre !
Cette première transition terrestre a plusieurs objectifs :
- Découvrir notre nouveau lieu de vie
- Optimiser notre maison pour la location saisonnière pendant la haute saison: www.villaorsalina.fr
- Créer du lien avec les Dehaisiens
- Et découvrir la culture traditionnelle antillaise.
On ne change pas une méthode qui gagne. Contrairement à de nombreux métropolitains qui arrivent ici, avec une rupture franche avec l’hexagone, nous mettons à profit nos 5 années de voyage et nos 18 000 miles parcourus à travers 14 pays pour appréhender au mieux la découverte de ce département ultra marin.
Humilité, simplicité, soif de découverte, envie d’aller vers l’autre, respect des traditions sont nos maitre mots.
Qu’en penser après 8 mois de pause terrestre ?
Certains d’entre vous me dirons que c’est « tout beau, tout neuf » et ils auront raison.
La Guadeloupe est un archipel composé d’une île principale, Grande terre et Basse terre reliées par des ponts, et de 4 iles au caractère marqué que sont : la Désirade, Petite terre, Marie Galante et les Saintes. C’est d’ailleurs cette singularité qui nous a poussé quitter notre belle Bretagne, région encore ultra privilégiée de notre France hexagonale pour rallier les Caraïbes. Archipel dont nous commençons la découverte par le prisme de notre lieu de résidence Deshaies.
Ceci dit après 8 mois, aucun préjugé ne devait venir altérer, notre ressenti ici et nous faire regretter notre choix.
Le sujet de ce billet est d’essayer de décrire au mieux notre ressenti de vie dans la commune de Deshaies, en Basse terre.
Deshaies ne représente effectivement pas l’entièreté de la Guadeloupe mais correspond juste à un microcosme particulier au sein de la Basse Terre. Deshaies est avec Bouillante, la première destination touristique de la Basse Terre. En même temps les guadeloupéens parlent souvent de « paradis » quand ils parlent de ce petit village.
Notre ressenti ne pourra donc que se limiter à ce territoire du Nord Basse Terre et nous éviterons bien entendu de faire de notre avis, des généralités sur l’ensemble de la Guadeloupe.
De même, nous n’ignorons pas les problèmes récurrents de violence, de meurtres notamment à Pointe à Pitre et dans une moindre mesure des coupures d’eau et d’électricité constantes sur Grande Terre et un certain nombre de communes environnantes. Nous n’avons cependant jamais été confronté à ces événements et problèmes à Deshaies.
J’en profite pour signaler que Deshaies fait partie cette année de la sélection des 14 plus beaux villages de France.
La douceur de vie des Antilles existe-t-elle vraiment ?
Une énergie de dingue …
Pour aller droit au but et eu égard à l’expérience de ces quelques mois à terre, je peux vous affirmer que j’ai retrouvé ici le village de mon enfance, avec une douceur de vivre, une bienveillance, une légèreté sans commune mesure avec nos expériences passées.
La Basse Terre est un territoire vraiment bluffant et très différent de la Grande Terre où la nature est reine, symbole d’une Guadeloupe plus authentique et plus rurale, avec certainement deux des plus belles plages de l’île.
Deshaies, 4000 habitants est une commune où il fait bon vivre, où tout le monde se connait et où la Morabeza guadeloupéenne (Capverdienne à l’origine) est aussi présente.
Quand on a le temps, il n’est pas rare de s’arrêter discuter parfois longtemps avec le commerçant, le pêcheur, ou le simple passant. Ici on ne courre pas Monsieur, ici on prend le temps !
L’autostop très prisé ici est source de rencontres improbables. Une grand mère a remercié le Bon Dieu dix fois dans ma voiture car elle allait, malgré ses déboires, être à l’heure à son travail.
Un autre nous remercie en nous offrant des fruits …
Les visages aigris ou renfermés n’existent pas ici. Ce sont plutôt les sourires et la joie de vivre qui forcent au partage. Le soleil permanent et la vitamine D participent activement à cet état d’esprit. Bien évidemment pour un métro, le rythme perçu comme nonchalant ou lent, peut exaspérer mais c’est tout l’inverse en fait.
Celui qui décide de lâcher prise et de vivre aux rythmes des tropiques, s’y retrouve forcément en gagnant en sérénité et en niveau de stress. Le climat impose aussi ce rythme décalé car les températures en été, flirtent aisément avec les 38-40 degrés ressentis, ce qui oblige à une certaine adaptabilité.
Des valeurs préservées.
De part la situation précaire d’une partie de la population (34,5 % de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté), la solidarité familiale, le respect de l’autre et le partage dans la société guadeloupéenne sont omniprésentes.
Les fêtes, mariages et enterrements célèbrent la vie, avec un décorum quasi identique à celui de mon enfance rurale. Les tenues et chapeaux sont de sortie, et clairement c’est la grande classe. Le moment fort de l’année est bien évidemment le Carnaval où gastronomie antillaise, musique et dance rythment le quotidien.
Les bonjours et bonsoirs (après midi), témoignent d’un langage d’une autre époque mais rempli de subtilités.
La circulation difficile sur l’archipel, sans klaxon et injures intempestives, est un bel exemple de la manière de vivre ici. Malgré les embouteillages, je n’ai jamais ressenti d’agressivité au volant et même si certains conducteurs se prennent pour des pilotes de course en puissance, la grande majorité fait preuve d’une certaine résilience en gardant le sourire et le calme en toute circonstance.
Les Klaxons existent pour dire bonjour aux voitures, aux piétons ou autres camions de passage, bref aux amis.
La Guadeloupe, terre d’accueil ?
On entend ici où là, que la Guadeloupe est plus raciste que la Martinique ou inversement. Chaque avis est profondément marqué par des expériences bien évidemment personnelles. Ceci dit les sociétés martiniquaise et guadeloupéenne sont sensiblement différentes. Je vous laisse découvrir via le lien ci dessous une étude sociétale de la Martinique écrite en 1971 et mettant en avant certains aspects qui existent encore aujourd’hui. Bien entendu tout n’est plus d’actualité mais certains rapports humains sont toujours régis par une vision notamment basée sur la couleur de la peau correspondant à l’appartenance à une certaine caste. J’avais été relativement marqué lors de notre premier voyage en 2019 par cette ambiguïté martiniquaise et par la structure très castée de cette société et notamment aux relations parfois tendues entre antillais eux mêmes. Il est évident que s’il existe des problèmes de vivre ensemble entre antillais, l’histoire plus violente et ancienne vis à vis de notre pays ne pourra s’en trouver que plus exacerbée.
Etude : Ambiguïtés des modèles et spécificité de la société martiniquaise 1971
Nous n’avons du coup pas eu ce sentiment en Guadeloupe, où l’histoire est légèrement différente et où le Guadeloupéen a rapidement su saisir une certaine forme de liberté et d’autonomie par rapport au pouvoir en place ; liberté qu’on pourrait parfois qualifier de rebelle. J’ai donc trouvé une relation claire, nette, franche et directe qui favorise l’intégration aux seules conditions du respect des valeurs traditionnelles et insulaires.
L’école à terre !
Il s’agit là, d’un vrai sujet complexe dans notre organisation semi maritime et terrestre. Les enfants ont réintégré l’école de septembre à fin décembre 2023, sans problème de niveau particulier. N’ayant pas obtenu le droit de les instruire en famille (IEF) et par conséquent, le CNED réglementé (reconnu comme une scolarisation en présentiel), nous avons du les radier en décembre pour reprendre notre voyage à la voile. En contrepartie ils devront assurément passer un test d’admission pour réintégrer collège et lycée à la rentrée de septembre 2024.
C’est un vrai parcours du combattant et on voit clairement ici le durcissement voulu par nos politiques, de l’instruction en Famille. Afin de ne pas contrarier le parcours sup de notre fille à partir de la Terminale, nous envisageons sereinement de mettre en pause le voyage lors de cette future année charnière (2025-2026)
Profitation à qui : la vie chère ?
Ce terme découvert lors des importantes grèves de 2009, pourrait correspondre à la contraction du mot profit et exploitation.
Nous avons carrément sous estimé le coût d’installation et de vie aux Antilles.
La différence avec la métropole est gigantesque avec environ 40-50% pouvant aller jusqu’à 100% sur certains produits. Ce coût de la vie impactant les antillais et les métropolitains résidents ou de passage est véritablement un frein dans le quotidien, de même que la concentration de l’économie au centre de l’île papillon sur la commune de Baie Mahault. Le centre de l’île avec la zone de Jarry de 1000 hectares représente la troisième plus grosse zone commerciale de France (source Wikipedia).
Dans beaucoup de domaines, le déplacement à Jarry est obligatoire pour trouver les produits nécessaires au quotidien, au bricolage ou aux réparations, après avoir passé au préalable quelques heures dans les embouteillages. Cette zone apporte néanmoins l’avantage de trouver n’importe quel produit dans des magasins hyper spécialisés en s’efforçant de planifier au maximum ses déplacements.
Mais pourquoi tant de différences ?
Certains mentionnent que ces différences de prix sont liées à la situation monopolistique de grands groupes de distribution, d’autres à la prime pour vie chère (40%) des fonctionnaires mutés, fonctionnaires qui représentent quand même la moitié des emplois salariés de l’île, et qui par leur pouvoir d’achat supérieur contribueraient à l’augmentation du prix des produits. L’autre raison serait l’application de l’octroi de mer et/ou l’octroi de mer régional et la TVA régionale sur toutes les importations.
Je rajoute en prime, le cout exorbitant des billets d’avions qui font de plus en plus, ressembler les vacances sous les cocotiers aux séjours hivernaux à la montagne. Le Tourisme représente quand même 10% du PIB de l’île. Ceci dit la politique touristique a conduit, fort heureusement à la création de cellules d’accueil à taille humaine, et non à des barres d’hôtels hideuses comme on peut le voir sur certaines iles anglo-saxones voisines.
Espérons que les récentes décisions gouvernementales prenant pour la première fois, en compte la singularité de nos DOM et les différences territoriales flagrantes entre Mayotte, Guyane, Réunion, Martinique et Guadeloupe, aboutissent à des régimes spécifiques à chaque île. L’octroi de mer doit être aussi revisité et simplifié. Dans le même ordre d’idée, le statut de collectivité autonome (ce qui ne signifie pas l’indépendance), à l’étude pour la Corse, sera certainement source d’inspiration pour des îles, où la plupart des régles européennes ne peuvent ou ne sont pas applicables ici. Les élus Guadeloupéens souhaitent d’ailleurs une fusion des conseils départemental et régional, afin d’optimiser la gestion de l’archipel.
Alors ça le fait ?
Oui et re Oui, nous sommes satisfait de notre choix de vie, de notre projet consistant à un équilibre entre la vie de terriens et de marins. Rien n’est facile bien évidemment en partant s’installer à 7000 kilomètres de l’hexagone, mais ça a en fait énormément de sens, très proche de nos valeurs personnelles et de notre manière de ressentir et de vivre les expériences de vie.
Il est évident qu’il ne faut jamais dire jamais, mais nous nous inscrivons à moyen terme dans cette existence tropicale avec beaucoup de découvertes iliennes Ici ou Labat (slogan d’un rhum Marie Galantais).
Conserver l’esprit du voyage, notre passion de la gastronomie sont deux éléments fondamentaux, de découverte, de compréhension et d’intégration sur terre ou en mer.
Et le voyage dans tout ça !
A l’heure où j’écris ces lignes (Mai 2024), nous sommes à Saint Martin, autre territoire français des Antilles. Depuis notre retour sur Boomerang courant décembre, nous avons empilé les problèmes techniques majeurs. Après bien évidemment quelques colères et de la frustration, cette saison de navigation sera certainement la plus courte de notre petite histoire maritime familiale. Il faut prendre ça avec philosophie, car restant dans cette région du monde pour un petit bout de temps, nous ne sommes donc pas à une saison près.
C’est aussi pour cette raison, que nous n’avons pas communiqué sur le blog, nos découvertes antillaises, ayant passé presque 3 mois, bloqués sur notre Guadeloupe. Hormis un passage sur Antigua et Barbuda et une remontée vers Saint Martin voici quelques jours, rien à signaler par ailleurs, et absolument pas assez d’informations et découvertes à vous faire partager. Nous attendons encore des pièces neuves venant de métropole, afin de décider de la suite à donner et de la direction à prendre.
Deux solutions s’offrent à nous : aller découvrir les îles Vierges Britanniques ou redescendre vers le Sud de l’arc en prévision du début de la période cyclonique. On vous tient bien évidemment au jus ! Bizh










Bravo pour cet article et la sincérité de vos propos. J’aime beaucoup votre blog 👍
Merci pour votre message et bonnes navigations