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Cyclones et Hivernage sous le soleil des Antilles…

La saison des cyclones touche à sa fin, et on va enfin pouvoir vous livrer notre première expérience de vie aux Antilles en période cyclonique.

La période des Cyclones s’étend, en principe, de Juin à Novembre sur la mer des Caraibes. Nous avons pu prendre la pleine mesure de cette contrainte cette année et mieux comprendre par obligation mais aussi par envie les phénomènes liés à cette cyclogénèse.

Tout part d’Afrique en cette période. La mousson africaine quitte le continent pour passer par le Cap Vert, pour ensuite traverser l’océan Atlantique. Ces perturbations évoluent en fonction de nombreux éléments : température de l’eau, cisaillement des vents d’altitudes, air sec et poussiereux, présence d’anticyclone etc. 

Sans rentrer dans les détails, ces perturbations peuvent se transformer en fonction de leur intensité, en une onde tropicale, dépression tropicale voir un cyclone.

Mon objectif en tant que  Capitaine abordant pour la première fois, cette saison cyclonique était de savoir déchiffrer les informations à ma disposition pour prendre les décisions en conséquence

Du coup, j’ai épluché les informations issuent des organismes de prévisions météorologiques mondiaux américains et européens.  Malheureusement, même s’ils sont continuellement relayés et mis à jour, ils présentent le plus souvent des analyses contradictoires, loin de pouvoir permettre de trancher sur la marche à suivre.

Le service de Météo France quand à lui, est quasi aux abonnés absents et attend le plus souvent les dernières heures pour classer les territoires français en alerte jaune, orange et rouge, voir violet (interdiction de sortir) comme pour le dernier ouragan TAMMY. Trop tard pour agir !

La météo étant un domaine particulièrement complexe, j’ai découvert des sites non officiels me permettant de mieux la décripter. La page youtube d’Olivier Tisserand, a retenue mon attention car, elle explique de manière très pédagogique, ces phénomènes. A son contact, on deviend, un observateur un peu plus averti.

D’autres sites non officiels, comme Flash Ouragans ou Météo Ouragans sur Facebook délivrent de manière continue des informations sur l’évolution des situations cycloniques, mais, j’aurai tendance à penser qu’ils abuseraient de messages anxiogènes afin de faire le Buzz…

Tout ça pour témoigner de la grande difficulté d’avoir des informations fiables et précises à 48 ou 24 heures de l’arrivée potentielle d’une tempête tropicale ou d’un ouragan. Du coup entre info contradictoires, messages anxiogènes, absence d’info… il faut garder son sang froid !

Petit retour en image sur les trois phénomènes marquant de cette saison. Trois tempêtes que nous avons vécu de manières différentes : la tempête Bret en Juin où nous étions en bateau et pour la tempête Philippe en Septembre, où nous étions à terre.

Episode 1 : Tempête BRETT

Devant notre naïveté, notre manque d’experience et le caractère anxiogène des informations diffusées en continu, la panique s’installe lors de ce premier épisode du mois de Juin. Elle s’enflamme de mouillage en mouillage ce qui entraine une grande »transhumance » de bateaux de voyage vers le Sud. Nous quittons donc la Guadeloupe 5 jours avant le début annoncé du phénomène dont on ne sait pas s’il va s’agir d’un simple coup de vent ou d’un ouragan. Sauve qui peut, nous rallions le sud de l’arc Antillais pour nous réfugier aux Grenadines. 

Au fur et à mesure de notre progression vers le Sud, la tempête amorce une route toujours plus au sud et ce jusqu’à quelques heures avant son passage sur l’arc antillais. Nous décidons donc de nous arrêter à Carriacou, île sœur de Grenade.

Etonnamment, quand le phénomène démarre, nous n’avons plus aucune information.. c’est silence radio …. Au moment où la tempête est sensée passer, nous sommes titillés par un eu peu de vent et écopons de beaucoup de pluies…et concluons de fait que la tempête était passée quand la rotation des vents est passé au Sud. 

Autant dire à ce moment là, que la Guadeloupe n’a pas été impactée et que nous avons effectué pas loin de 1000 kms Aller retour pour se protéger pour presque rien, que nous avons aussi du reporter l’examen de DNB (Brevet de collège) que Camille devait passer en Guadeloupe.

Episode 2 : Tempête PHILIPPE

Septembre 2023, nous sommes à terre, dans notre maison en Guadeloupe et sommes suspendus aux informations sur la tempête Philippe qui doit passer proche de la Guadeloupe en annonçant des pluies diluviennes et des orages dont l’intensité n’a jamais été aussi forte…

Certaines iles anglo-saxonnes ont été classées par exemple en pré-alerte ou alerte tempête ou dépression tropicale alors que les Préfecture de Guadeloupe et Martinique n’ont pas encore décidées de notre sort… Quelques heures avant son passage, nous passons au rouge !!!

Il n’y a plus qu’à attendre et constater, dans certaines coins de Guadeloupe, des inondations records avec pas mal de dégats.

Episode 3 : OURAGAN TAMMY

Octobre 2023, A l’heure où j’écris ces lignes , des médias web annoncent avec désinvolture, le possible passage d’un cyclone de catégorie 1, fin octobre sur la Guadeloupe. Tammy fera beaucoup de dégâts sur l’île de la Désirade avec des vents violents et de fortes pluies. Basse Terre sera aussi impactée avec d’énormes inondations et encore de gros dégâts. Force est de constater, qu’à trente kilomètres d’écart, le phénomène est complètement différent. Aucun vent à Deshaies et des pluies moyennes.

Info ou Intox

Honnêtement, y’en a marre ! Nous ne sommes plus dans l’information mais la désinformation. Notre petite expérience des derniers mois, nous incitent à attendre que l’échéance approche. Comme en bateau, nous prenons la méteo quotidienne mais ça ne sert pas à grand-chose.

Morale de l’histoire :

1 – Dorénavant, nous ne prendrons aucune décision, 48 heures avant le passage du phénomene. Nous avons appris à nos dépends que les varaiables sont très nombreuses, et que l’intensité et la direction peuvent changer très tardivement.

2- Que dire des services météreologiques mondiaux. Pourquoi sont ils à ce point à la rue ?

3- Que penser des médias web qui entretiennent parfois la confusion ?

Ce qui est certain, c’est que ceux qui vivent notamment en Guadeloupe depuis de nombreuses années et qui ont vécu les derniers gros cyclones, ne se polluent pas avec toutes ces informations contradictoires. Systématiquement, ils nous disent d’attendre 48 heures et de se préparer soit à partir avec le bateau soit à sécuriser la maison.

Notre première saison cyclonique s’achève avec son lot inhérent d’enrichissement personnel.

Nota Bene du 4 mars 2024

« Le Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme a lancé depuis quelques jours , son système d’Intelligence Artificielle de prévision intégrée. Il s’agit du 1er système de prévision entièrement basé sur l’apprentissage automatique pour l’agence. Rendu public depuis hier dans une version Alpha, AIFS sera régulièrement mis à jour pour augmenter la résolution et ajouter progressivement d’autres champs de compétences. L’organisme européen a décidé de lancer l’AIFS à la suite des initiatives de plusieurs entreprises visant à produire des prévisions météorologiques basées sur des méthodes d’apprentissage automatique.  »

Ce fichier est dorénavant disponible dans l’application Weather 4D. A voir et à suivre si l’IA apportera un plus dans la qualité des prévisions.

Hivernage à sec ou à flot pendant la période cyclonique ?

Pour cette première année de transition dans notre projet de vie 6 mois à terre, 6 mois en voyage, nous avons décidé de sortir à sec, pour quelques mois (septembre – décembre), Boomerang 2 à la marina de Tyrrel Bay de Carriacou. Il y a bien sûr d’autres solutions dans les chantiers plus au sud de Grenade par exemple. Même si les probabilités existent bel et bien, de prendre un cyclone dans le sud de l’arc antillais, tout le monde s’accorde à dire, que le risque est plus faible.

J’attire votre attention, que le coût du stockage à Carriacou est différent si vous y restez moins de 3 mois ou plus de 3 mois. L’écart de prix est significatif. Calculez donc bien vos dates…

Pour revenir sur la Martinique puis la Guadeloupe, nous avons opté pour l’avion de tourisme car aucune compagnie officielle assure ces destinations. Globalement le vol aller coûte 900 euros pour 3 personnes maximum et un peu de bagages. Plusieurs pilotes professionnels assurent la prestation et je vous donne quelques contacts.

Lionel +596 696 50 93 06
Francisco + 596 696 19 33 55
Martin +1 (784)455-1362

Ces pilotes peuvent atterrir dans toutes les iles des Grenadines de St Vincent ou/et de Grenade comme Bequia, Canouan, Union, Carriacou ou Grenade.

Une fois en Martinique, nous avons pris le Ferry Express des îles pour revenir en Guadeloupe. Le prix par personne est de 75 euros l’aller et sur le trajet, il y a un arrêt à Roseau en Dominique. Le voyage dure 5 heures entre Fort de France et Pointe à Pitre, ce qui est assez rapide en fait. C’est aussi un moyen abordable de se rendre sur ces 3 îles.

Hiverner à Carriacou c’est quand même l’aventure dans l’aventure : Avion Ferry Taxi à l’aller comme au retour ce qui représente un budget bien évidemment mais ce qui permets aussi, de découvrir la beauté brute de l’arc antillais, vu du ciel. Une expérience unique !




A noter, que d’autres bateaux ont choisi durant cette période, le mouillage sur bouée dans la baie du Marin. Certains d’entre eux, retournés en métropole, ont choisi de faire surveiller leur bateau par une personne restant sur place.

Pour la prochaine saison cyclonique, débutant en Juin 2024, nous optons pour une autre formule. Boomerang 2 va être stationné à la marina Bas du fort, en Guadeloupe  de fin Août à début décembre 2024. Financièrement c’est plus intéressant, logistiquement aussi car cela va nous permettre de travailler sur notre catamaran pendant la basse saison (45 minutes de la maison). Cependant le risque cyclonique est plus important au nord de l’arc, donc suivant l’intensité des phénomènes, nous devrons décider entre sécuriser le bateau dans la marina ou fuir au dernier moment, par la mer. Notre choix a aussi évolué car nous avons contracté depuis notre arrivée aux Antilles, une nouvelle assurance tous risques avec couverture cyclonique incluse : GFA Caraibes via April marine au Marin.

Même si le but n’est pas de perdre notre bateau, nous sommes néanmoins plus sereins avec cette garantie. On tâtonne, on essaye différentes formules, on expérimente aussi et on pourra comparer les solutions à la fin de la foire aux cyclones.

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