L’Ăźle de Sal et sa Morabeza Puissance 10 đŸ€©

Scroll down to content

Retrouver l’Île de Sal et le village de Palmeira, c’était comme un Graal pour nous.

Le Cap Vert et Sal c’est un peu comme le dĂ©but du voyage. Nous ne revenons pas ici, pour les paysages (mĂȘme s’ils sont trĂšs beaux) ou pour les plages et les hĂŽtels de Santa Maria. Ici, ce que l’on vient chercher, c’est ce formidable contact avec la population Cap Verdienne. 

C’est l’esprit de la Morabeza : un cocktail d’une infinie gentillesse et de bienveillance, d’hospitalitĂ© et d’ouverture au monde, de solidaritĂ© et de joies partagĂ©es, le tout servi avec avec libertĂ© de coeur et d’esprit.

Loin de nos sociĂ©tĂ©s de consommation Ă  l’europĂ©enne, le village de pĂȘcheur de Palmeira, comme une bonne partie du Cap Vert, est une cure de jouvence avec la rencontre avec l’autre au rythme du manta « nos stress Â».

Séjour 1 : du 5 novembre au 2 décembre 2022

DĂšs notre arrivĂ©e, notre ami JaĂŻr vient nous acueillir. Personnage incontournable pour les voileux que nous sommes, il est le point d’entrĂ©e du Port de la Palmeira. Au fil des ans, il s’est imposĂ© comme l’homme clĂ© sur le plan d’eau. Toujours prĂȘt Ă  vous rendre n’importe quel service (lessive, plein d’eau, gardiennage, gaz
), il connaĂźt  l’üle par cƓur et peut vous dĂ©goter un mĂ©cano, un rĂ©parateur de voile, un soudeur…bref il fera tout pour vous faciliter la vie. 

 

Mais attention amis voileux !!! Ne vous fiez pas aux apparences ! JaĂŻr n’est pas un employĂ© de marina. L’accueil qu’il vous rĂ©serve au port, est un moyen supplĂ©mentaire d’arrondir ses fins de mois pendant la saison. Son vrai mĂ©tier, c’est de seconder les sorties charter sur le Saudade. JaĂŻr est quelqu’un de fiable. En homme d’honneur, pragmatique, il a compris il y a bien longtemps, qu’un accueil irrĂ©prochable des navigateurs (surtout avec les rĂ©seaux sociaux dont Navili), est une condition sinĂ© qua non, pour assurer une source de revenus Ă  l’ensemble de la communautĂ© de Palmeira. 

Donc, pour Ă©viter tout malentendu, pensez bien Ă  le remercier pour tout service rendu et Ă  lui demander si vous lui devez quelque chose.

Palmeira est un petit village de 5000 Ăąmes oĂč tout le monde se connaĂźt. C’est une grande famille, oĂč chacun sait Ă  qui il a affaire et oĂč chacun a son rĂŽle Ă  jouer. Il y rĂšgne une ambiance multigĂ©nĂ©rationnelle, comme nous n’en avons plus en mĂ©tropole. Un savant et fragile Ă©quilibre, qui perdure Ă  l’écart du monde occidental de plus en plus individualiste et mercantile. Charge Ă  nous Ă©trangers en transit, de le prĂ©server en respectant ces codes et ces valeurs. 

Avis donc aux futures plaisanciers de passage Ă  Palmeira :

Au port, chaque annexe est accueillie par des enfants, proposant aux voyageurs un service de gardiennage en Ă©change de quelques sous. Ne rentrez pas dans ce jeu pour deux raisons : d’abord, Ă  Palmeira, vous ĂȘtes en sĂ©curitĂ©; et aussi, parce que les anciens du village nous l’ont demandĂ©. Ils veillent sur le village (ainsi que la police locale) et ne souhaitent pas que nous « pervertissions Â» les plus jeunes avec de l’argent trop facilement gagnĂ© (comme nous l’avons fait en Afrique du Nord). Ils souhaitent prĂ©server la valeur « travail ». Ces jeunes, souvent dĂ©scolarisĂ©s, ou n’ayant jamais mis un pied Ă  l’école, deviendront pour la plupart pĂ©cheurs ou travailleront Ă  l’usine de Frescomar. Ils gagnent leur vie, dĂšs le plus jeune age, en rendant Ă  leurs ainĂ©s de menus services (pĂȘche, livraison, portage, Ă©caillage, nettoyage de coquillages destinĂ©s aux restaurants…). Les plus grands proposent du nettoyage de carĂšne ou prĂȘtent main forte aux « docker Â» qui dĂ©chargent les ferrys du port de commerce.  

Donc si vous voulez les remercier, offrez-leur plutĂŽt un bonbon ou une glace, ou donnez-leur du matĂ©riel de pĂȘche…

A peine un pied Ă  terre, nous recherchons nos amis Cap-Verdiens du premier voyage. Pour ma part, je veux retrouver Lucciano. Un de ces jeunes « gardiens Â» d’annexe avec qui je m’étais liĂ©e d’amitiĂ© il y a trois ans. Adolescent de 14 ans Ă  l’époque, il m’avait appris Ă  jouer Ă  l’«ouril ouril Â» (l’équivalent de l’awalĂ© sĂ©nĂ©galais). Comme tout le monde se connaĂźt ici, en 10 minutes, il Ă©tait devant moi. Instant magique. TrĂšs vite nos enfants connectent avec lui et ses amis. Ils ne se quitteront pas pendant les 4 semaines Ă  Palmeira. 

DeuxiĂšme Ă©tape Ă  terre : Boire un verre chez Arminda ! « The place to be » si vous voulez rencontrer des locaux. DĂšs la premiĂšre transat en 2019, c’était devenu notre QG. Impossible de ne pas faire un gros cĂąlin Ă  Arminda, avec toutes ces soirĂ©es que nous avons partagĂ©es jusqu’à pas d’heure…

AprĂšs ces retrouvailles, il reste Ă  satisfaire nos appĂ©tits, ce que nous ne manquons pas de faire en dĂ©gustant un des meilleurs poissons du Cap vert : un garoupa grillĂ© (mĂ©rou) au Rotterdam car c’est l’occasion, lors de cette arrivĂ©e au Cap Vert, de fĂȘter nos 4 ans d’aventures communes avec Boomerang 2 et nos 10 000 miles parcourus. đŸ€©

Ce premier soir, le coucher de soleil, sur le petit port de Palmeira bondĂ©, est de bonne augure ! Une trentaine de bateaux de voyages se partagent le plan d’eau, avec il faut l’avouer beaucoup de Français, dont une grande majoritĂ© de de Bretons. Le « Gwen A Du » flotte au cĂŽtĂ© du drapeau Cap verdien. 

Demain, c’est dimanche et et ici, c’est La fĂȘte au village ! Autant dire qu’il faut ĂȘtre en forme…Tous les habitants se retrouvent dans les rues au son de la musique Cap Verdienne, Ă  boire une Strella, une Super Bock (BiĂšres locales) ou du grog en dĂ©gustant des brochettes de porc marinĂ©es, du pop corn, des sandwichs, et autres croquettes de thon. Une ambiance unique, bon enfant, tellement propice aux rencontres. Ce que nous ne manqueront pas de faire, pour le plus grand bonheur de Camille et Charles, qui font enfin la connaissance d’autres ado de voyage avec qui nous Ă©tions en contact via les rĂ©seaux sociaux. Et, dans cette tournĂ©e 2023, il y a, contre toute attente, beaucoup de jeunes ados dont Aurane et EstĂšve (Ksar), Rubben et Dodo (Cat Kairos), qui deviendront insĂ©parables pendant prĂšs de deux mois. 

De notre cĂŽtĂ©, c’est l’occasion idĂ©ale de revoir nos bateaux copains rencontrĂ©s Ă  Vannes, MadĂšre ou aux Canaries (Xavier & Anne Les Mojitos – Nico & Sabrina – Sonny ; Manu & Karine – KrĂ©a
), de faire connaissance avec d’autres voileux avec qui StĂ©phane est en contact via les rĂ©seaux (Soize, Ksar, Cat Kairos
), de connecter avec de nouveaux bateaux (Nils, Pierro Tabasco et bien d’autres encore
).

Au passage, j’en profite pour passer un petit coup de gueule !

A cette soirĂ©e, nous sommes surpris, voir plutĂŽt Ă©coeurĂ©s, d’apprendre qu’un certain nombre de ces bateaux ont eu des Ă©chos nĂ©gatifs sur le Cap Vert. Il se dirait que c’est une « destination Ă  Ă©viter Â». De ce fait, la plupart des bateaux transatent, soit des Canaries, soit dĂ©cident de rallier directement le Port de Mindelo pour traverser, en Ă©vitant les 9 autres Ăźles de l’archipel. Qui sont ces voyageurs pour colporter de telles inepties ! Y ont-ils seulement jamais mis un pied ?

Une soirĂ©e Ă  Palmeira suffit Ă  faire voler en Ă©clat ces racontars.  Avis aux futurs candidats au voyage : mĂ©fiez vous des radios ponton et des rĂ©seaux sociaux. Renseignez vous auprĂšs de personnes ayant rĂ©ellement expĂ©rimentĂ© le Cap Vert. 

DĂšs lors les rendez-vous apĂ©ros s’enchainent, les sorties s’organisent, les bons plans s’échangent.

Nico et Sabrina, qui ont vendu leur boulangerie de Honfleur pour partir Ă  l’aventure avec leur fils et s’installer oĂč bon leur semblera, livrent plusieurs bateaux en pain frais. Trop bon ! Il n’en faut pas plus Ă  StĂ©phane pour organiser Ă  bord un cours sur mesure et apprendre quelques tours de main.

Nos amis de Nocealia, de retour du SĂ©nĂ©gal, nous donnent l’envie d’y faire un tour. Ils nous donnent plein de tuyaux et nous organisons une rĂ©union de travail pour organiser le voyage avec Ksar et Cat Kairos. On crĂ©Ă© un groupe whatsapp : Boosakai.

Ayant dĂ©jĂ  visitĂ© une bonne partie de l’üle, lors de notre premier passage, avec notamment les Salines de Pedro Lume et Shark Bay, les deux incontournables de Sal, nous dĂ©cidons de louer un 4×4 pendant deux jours pour se balader hors des sentiers battus. 

Nous commençons notre tour par la cĂŽte Nord-Ouest en direction des piscines naturelles de Bucarona oĂč ne ferons qu’une courte halte, l’heure Ă©tant trop tardive pour y admirer le cĂ©lĂšbre « Blue Eyes Â», joyaux de ces jolies piscines naturelles. Une grotte sous-marine dont une partie du plafond s’est effondrĂ©e, est Ă©clairĂ©e par le soleil Ă  son zĂ©nith. Pour pouvoir admirer le phĂ©nomĂšne, il faut arriver entre 11h00 et 13h00 maximum. Notre objectif du jour est de profiter, au volant de notre petit Jimny, des nombreuses pistes qui sillonnent la zone dĂ©sertique de Terra Boa et peut ĂȘtre d’y voir un mirage… Nous obliquons en direction du MontĂ© Grande, un ancien volcan de 406 mĂštres, point culminant de l’üle. Toute cette zone dĂ©sertique  classĂ©e, espace naturel, est Ă  l’écart des zones touristiques et recĂšle pourtant de magnifiques Pillow de Lavas sur sa cĂŽte dĂ©chiquetĂ©e. StĂ©phane s’aclate avec le Jimny, les enfants adorent !

Nous obliquons vers le sud en direction du MontĂ© Cural, au sommet duquel se trouve une base militaire et des tours de tĂ©lĂ©communication, avec une vue en 360 ° sur Espargos. La piste est dĂ©foncĂ©e avec du fech-fech (poussiĂšre de sable) et suit un oued oĂč de profondes empruntes de pneus tĂ©moignent d’une pluie rĂ©cente et pourtant si rare (100 mm de prĂ©cipitations / an). La Terra  Boa complĂštement dĂ©sertique jusqu’alors, verdit.  On y croise quelques chĂšvres et mĂȘme une vache. Des palissades en bĂąches ou en feuilles de palmes, protĂšgent les plantations de maĂŻs et autres cultures, des vents qui soulĂšvent quasi continuellement les fines particules de sable, voilant le ciel et l’horizon. 

Nous sommes aux abords du bidonville d’Espargos. Les petits jardinets, cohabitent avec des baraquements en tĂŽles (rĂ©cupĂ©rĂ©es sur les futs mĂ©talliques de carburant ou d’huile). Ici rien ne se perd, tout se transforme. Le coĂ»t de la vie a considĂ©rablement augmentĂ© ces derniĂšres annĂ©es, avec notamment l’essor du tourisme. Les loyers exorbitants ont poussĂ© beaucoup de personnes Ă  s’installer en pĂ©riphĂ©rie des villes. 

Des enfants joueurs, en uniforme d’école, sont sur le chemin de la maison. L’endroit grouille de vie. Les habitants ont le sourire. Nous croisons des femmes trĂšs chic, arborant les uniformes des grandes chaines d’HĂŽtels de Santa Maria. Elles y travaillent le plus souvent en tant que femme de chambre, pour un salaire de 200 Ă  250€ par mois. Quel fossĂ© Ă©conomique entre le tourisme, souvent « all inclusive Â» du sud et la lutte quotidienne pour vivre dans ces quartiers ! 

Ici, le salaire mensuel  minimum est de 120€, le salaire moyen : 270€ pour un temps de travail de 44 heures par semaine. Les logements, l’électricitĂ©, l’eau courante, l’eau chaude, les produits blancs / bruns sont des produits de luxe auxquels une minoritĂ© de la population a accĂšs. Un rĂ©frigĂ©rateur  coĂ»te 400€ ; une machine Ă  laver, 1000€. Pourtant, les visages sont lumineux, les gens s’accommodant de ces manques de confort avec beaucoup de dignitĂ©. L’entraide fait force et les « privilĂ©giĂ©s Â» partageant humblement l’usage des machines avec leurs familles et leurs amis. 

Nous nous sentons mal Ă  l’aise avec notre Ă©tiquette de touristes et ne prendrons aucune photo. Nous espĂ©rons juste que nos enfants, sauront mesurer la chance qu’ils ont. Qu’ils comprendront la nĂ©cessitĂ© de rĂ©flĂ©chir Ă  la dĂ©croissance indispensable dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales. Qu’ils sauront que l’argent contribue au confort, mais qu’il n’achĂšte pas le bonheur. 

Espargos est une ville trĂšs colorĂ©e, comme toutes les citĂ©s du Cap Vert. A l’origine, chaque famille avait sa couleur, permettant d’identifier les habitations d’une mĂȘme lignĂ©e. Avec l’augmentation exponentielle de la population, cela se perd un peu.

L’ïle de Sal, est inhabitĂ©e, comme le reste de l’archipel, Ă  sa dĂ©couverte en 1460 par les portugais. AppelĂ©e Lhana par les quelques pĂȘcheurs qui s’y implantent, elle prend le nom de Sal en 1833, aprĂšs la dĂ©couverte des salines de Pedro Lume. En 1880, Sal compte 539 habitants. L’exploitation des mines est alors dĂ©terminante dans la croissance dĂ©mographique , entrainant une immigration importante de main d’Ɠuvre des autres iles de l’archipel et notamment de San Nicolao. La construction de l’aĂ©roport de Amilcar Cabral, servant d’escale vers l’AmĂ©rique du Sud, amplifie ce phĂ©nomĂšne et porte la population Ă  7600 habitants en 1980. Aujourd’hui Sal compte prĂšs de 40000 habitants sur 216KmÂČ!

AprÚs un cours passage à Espargos, nous filons vers la cÎte Est, en direction de Pedro de Lume. Les salines ont fermé dans les années 1980. Les vestiges de son exploitation demeurent encore visibles.



Le village de paludiers, situĂ© en contrebas des mines semble figĂ© dans un passĂ© lointain. Quelques bĂątisses, une Ă©glise et l’ancien port d’embarquement jouxtent l’ancien tĂ©lĂ©phĂ©rique en bois et ses installations, nous rappelant une Ă©poque oĂč les salines faisaient la richesse de l’üle. 

Les structures sont en complĂšte dĂ©crĂ©pitude, mais on devine encore son mĂ©canisme ingĂ©nieux. En suivant les pylĂŽnes et en empruntant un tunnel creusĂ© Ă  mĂȘme la roche, on accĂšde Ă  aux salines. C’est ici, Ă  quelques mĂštres au-dessus du niveau de la mer et Ă  quelques encablures de la cĂŽte, que ressurgissent les eaux salĂ©es de l’atlantique. 

Quelques tas de sel trahissent encore une petite activitĂ©, mais les heures de gloire sont loin. 

Restent que ces salines sont un bien bel endroit. Dans cet univers saturĂ© d’iode, la palette de couleurs passe du bleu au blanc, se fondant avec les ocres de la terre.

Le site payant (5 euros l’entrĂ©e), donne accĂšs Ă  ce paysage exceptionnel et permet aussi aux visiteurs de se baigner en suspension, dans un  lac salĂ© ou de prendre un bain de boue Ă©nergisant
 (des douches payantes sont Ă  disposition).

Nos amis bateaux copains Krea, ont rencontrĂ©e des pĂȘcheurs de Bouzio dans l’ancien port. Curieux de dĂ©couvrir ce coquillage typique du Cap Vert, nous nous y rendons et n’y trouvons que 2 jeunes pĂȘcheurs de Sars. Ils nous indiquent une piste vers le sud. A quelques centaines de mĂštres, nous apercevons des monticules de coquillages et quelques cabanons abritant des pĂȘcheurs. Ils nous expliquent que les Buzios sont ramassĂ©s en bouteille Ă  40 mĂštres de profondeur Ă  proximitĂ© des cĂŽtes. RapportĂ©s Ă  terre, les jeunes du village, les cassent avec des pierres pour en dĂ©gager la chair. Un travail de titans qui donne une allure singuliĂšre au paysage.

Je leur en achĂšte 1 kg sans oublier de noter leurs instructions de cuisson et de prĂ©paration, que je m’empresse de suivre Ă  la lettre dĂšs notre arrivĂ©e au cata. 

Miam ! et Re=Miam ! C’est dĂ©licieux cru ou juste cuit au court bouillon, avec une chair proche des bulots. Mais, ici c’est en ragout qu’ils sont mangĂ©s. 

Le lendemain dĂšs 9 heures, nous sommes sur la piste qui longe la baie de Palmeira. TrĂšs cassante, nous avançons lentement et dĂ©passons le village de MontĂ© LĂ©a, connu des surfeurs expĂ©rimentĂ©s, pour ses beaux rouleaux blancs que l’on peut admirer de notre mouillage. Nous longeons les pistes de l’aĂ©roport et obliquons vers la baie de Murdeira. La vĂ©gĂ©tation devient plus dense et nous franchissons de nombreux oueds assĂ©chĂ©s. AprĂšs une petite halte dĂ©saltĂ©rante dans un bar bateau pirate bien quitch, nous traçons vers Espargos, afin de faire le plein et le nettoyage de la voiture avant de la rendre Ă  son propriĂ©taire. 

Ici pas d’ElĂ©phant bleu ou de lavage automatique, tout est fait Ă  la « mano Â» pour 10€ en 30 minutes. 

En attendant, je discute avec un ouvrier en train de paver une rue adjacente. Il casse des pierres avec un marteau et les positionne une Ă  une sur une couche de sable, en m’expliquant qu’en phase finale, de la terre servira Ă  sceller l’ensemble. Un travail de romain !

Charles va avoir 10 ans. StĂ©phane a sollicitĂ© JaĂźr pour organiser un goĂ»ter surprise au Capricone. C’est le bar des bateaux de voyage, car il y a le wifi. Il est tenu par Victoria, la soeur de JaĂŻr, qui y organise des karaokĂ© en semaine et transforme son restaurant en discothĂšque le samedi soir.  Elle nous prĂ©pare un anniversaire en secret, avec un buffet gargantuesque et des gateaux pour un rĂ©giment. Charles dĂ©couvre, sa surprise avec Ă©normĂ©ment d’Ă©motions. Tous les copains bateaux lui ont prĂ©parĂ© des petits cadeaux. Il est Ă©mu aux larmes. Le goĂ»ter pour les enfants, devient finallement un buffet dĂźnatoire qui rĂ©galera enfants et parents. Une excellente soirĂ©e.

Depuis notre arrivĂ©e, nous sommes en quĂȘte de cracas. Ces crustacĂ©s ressemblent Ă  d’Ă©normes balanes. Ils ont une chair, Ă  mi chemin, entre l’araignĂ©e de mer et la noix de Saint Jacques. La soirĂ©e d’anthologie passĂ©e chez Arminda, il y a 3 ans, a laissĂ© des traces indĂ©lĂ©biles et mis nos papilles Ă  la diĂšte. Georges notre pĂȘcheur de cracas et pousse pieds est en prison pour 3 ans pour violence conjugale. Ici on ne badine pas avec la loi ! Luciano et ses amis me proposent de nous montrer oĂč les pĂȘcher. RDV est pris pour toute la troupe Boosakai, en tenue de combat, armĂ© de seaux et de marteaux. Nous suivons nos jeunes guides sur la cĂŽte dĂ©chiquettĂ©e au nord du village. Mais la houle forte depuis plusieurs jours, ne nous permet pas d’accĂ©der sans risque aux rochers Ă  l’aplomb des tombants ou sont fixĂ©s les cracas. Nous sommes bredouilles, mais assistons Ă  un spectacle manifique.

 

Notre dĂ©convenue sera de courte durĂ©e, grace Ă  Elton. Notre pĂȘcheur fĂ©tiche, Black Panda pour les intimes, est de retour sur le plan d’eau. En bon professionnel de la pĂȘche, ils nous fournit quelques kilos de cracas et de pousse pieds, que nous ferons dĂ©couvrir Ă  nos nouveaux amis Ă  bord de Boomerang.

Elton a eu vent de notre projet de traversĂ©e vers le SĂ©nĂ©gal. Il cherche un moteur pour sa barque de pĂȘche. A Palmeira, les moteurs sont rares et vendus hors de prix, alors qu’Ă  Dakar, il est facile d’en trouver. Ici, la plupart des pĂȘcheurs ne possĂšdent, ni leur bateau, ni leur moteur. L’association des pĂȘcheurs au port, leur en met Ă  disposition en Ă©change d’un bon pourcentage de leur pĂȘche. L’enjeu de l’autonomie est donc de taille. 

Il trouve finallement Le super moteur sur Sal et enchaĂźne les sorties de pĂȘche. Vers 6 heures, il part en pĂȘche Ă  quelques miles des cĂŽtes, accompagnĂ© d’un autre pĂȘcheur chargĂ© de surveiller l’embarcation pendant qu’il plonge en bouteille, armĂ© de son fusil. A 13h00 de retour au port, il fait un dĂ©tour et nous rĂ©gale du fruit de sa pĂȘche du jour : garoupa, perroquets, murenes et autres langoustes…

Les rendez-vous chez Arminda nous rĂ©servent toujours des surprises. Autour d’une Capirinha, nous faisons la rencontre de Paul et d’OphĂ©lie. Lui aussi est pĂȘcheur et constructeur de bateaux de pĂȘche. Lui aussi rĂȘve d’autonomie. Il travaille sur la construction de son propre bateau pour rĂ©aliser son rĂȘve, devenir patron pĂȘcheur. Depuis tout petit, il joue de la musique et chante. C’est son pĂšre, Manuel, qui lui a offert sa premiĂšre guitare. Paul Ă  transmis sa passion Ă  ses amis cap verdiens et nous offre un concert de morna et autre colladera. Une ambiance chaleureuse, oĂč tout un chacun peut se joindre. 

Paul a d’ailleurs montĂ© une cagnotte pour rĂ©aliser son rĂȘve.

Au Cap vert, si tu prends le temps de t’intĂ©resser sincĂšrement aux gens, tu vis des moments magiques. C’est ce que Maria m’offre, en toute simplicitĂ©, quand elle accepte de m’apprendre la recette des croquettes de thon qu’elle vend dans les rues de Palmeira. Pendant 3 jours, c’est le dĂ©filĂ© dans sa maison. Nous en prenons plein les yeux et les papilles. Ne maitrisant pas le crĂ©ole, tout se fait par signes et les quelques mots de portugais que l’on connait. Maria est fiĂšre de nous montrer ses tours de main. Un travail quotidien pour gagner sa vie, qui donne encore plus de saveur Ă  ses recettes. Merci pour ces fabuleux moments !

Fabrication des croquettes de thon

Fabrication de Resoes : mini chaussons fourrés au thon, façon empanadillas

Fabrication de Repsoes : barres de caramel, trĂšs proches de la fabrication de nos berlingots

Vous l’aurez compris pas un jour ne passe sans que nous rendions visite Ă  Arminda. Outre sa merveilleuse capirinha, elle incarne la Morabeza Ă  l’Ă©tat brut. Une mamie pour tous les habitants de Palmeira qui veut le bien de tous. Elle a ouvert son bar, il y a une 15aine d’annĂ©e et se projĂšte dans l’avenir. A ses cĂŽtĂ©s ses enfants bien sur, mais aussi Olivia, qu’elle a adoptĂ©, comme la fille qu’elle n’a jamais eu et qui devrait un jour lui succĂ©der.

En bonne gestionnaire de ses affaires, elle vient d’ouvrir un petit restaurant, dans le local qui jouxte son bar. Elle en a confiĂ© la gestion Ă  Ariane, qui y rĂ©gale les locaux, comme les touristes avec les plats emblĂ©matiques de la cuisine cap verdienne. Nous faisons partie des tous premiers clients. Toujours motivĂ©s, par les dĂ©couvertes culinaires, nous prĂ©commandons une Cachupa pour nos trois bateaux, avec une condition : la prĂ©parer ensemble. Ariane, l’accepte avec plaisir et nous ouvre les coulisses de sa cuisine. 

Voilà bientÎt un mois que nous sommes à Sal. Notre projet de traversée vers le Sénégal, avec le Siné Saloum et la Casamance, puis vers les Bijagos, avec nos amis de Ksar et Cat Kairos, a avorté.

En causes : une mĂ©tĂ©o dĂ©favorable, des conditions d’assurances lourdes, des clearances multiples et pour certains des vaccinations obsolĂštes. Des dĂ©marches chronophages qui ne nous laissent plus suffisamment de temps pour la dĂ©couverte de ses lieux magnifiques. 

Nous dĂ©cidons d’accompagner nos copains bateaux Ksar et Cat Kairos au Cap Vert jusqu’Ă  Mindelo, point de dĂ©part de leur transat. Les enfants sont aux anges. Au programme, dĂ©couverte de Boa Vista, Sao Nicolao et San Vicente.

Pour l’Ă©quipage de Boomerang, quitter Sal, ce n’est qu’un aurevoir, car nous y avons rendez-vous avec nos Ă©quipiers, Jean Pierre et Claudine le 6 janvier prochain. 

Séjour 2 : du 29 décembre au 10 janvier 2023

Nous arrivons Ă  Sal de nuit, incognito. Il ne faudra pas longtemps pour que nous soyons dĂ©masquĂ©s ! A midi nous voyons arriver une armada, de paddle et annexes, avec Ă  bords tous les copains locaux des enfants !! Quel accueil ! Camille et Charles sont Ă©mus, nous aussi ! Tout ce petit monde est invitĂ© Ă  bord pour une partie de plongeons. 

A terre, mĂȘme accueil de nos amis. 

 

Le soir, nous retrouvons OphĂ©lie et Paul au Capricorne. Ils sont en compagnie d’autres voileux. Les profils sont trĂšs variĂ©s. Il y a la famille de Caleb et Jean Paul , que nous avions croisĂ©s aux Canaries. Florence, une navigatrice arrivĂ©e en 2019, et qui Ă  la faveur du Covid, c’est vu confier le poste de directrice de l’Ă©cole française de Sal. Et enfin Jean Paul, un ami de Ksar. Lui aussi est arrivĂ© cette nuit. Mais malheureusement, dans des circonstances beaucoup moins gaies que les notres. Il a tout perdu sauf la vie, sur les rĂ©cifs du nord de l’ĂŻle. Il doit sa survie Ă  son sang froid, et son carriĂšre professionnelle dans l’armĂ©e. Tous ont Ă©tĂ© invitĂ© par Paul et OphĂ©lie pour le 31, et nous ne ferons pas exception. Le pĂȘcheur au grand coeur applique la Morabesa au pied de la lettre.

Un premier de l’an au Cap vert (exception faite de Mindelo), c’est traditionnelement en famille jusqu’Ă  minuit. Au 12 coups de l’horloge, aprĂšs les feux d’artifices, tout un chacun se rend chez les amis pour manger un bout et boire un coup. Nous passons donc le dĂ©but de soirĂ©e, chez Paul et OphĂ©lie, mangeons un fabuleux Riz cachĂ© (sorte de lasagne de riz, dont le derniĂšre couche est masquĂ©e par une Ă©paisse couche de fromage fondu) en dansant avec nos hĂŽtes. Nous n’oserons pas nous imposer chez leurs amis car trop nombreux. Au petit matin, le village est vide. Tous les habitants ont fait la fiesta toute la nuit. Ce dimanche soir Ă  Palmeira, c’est « tranquille ».

Elton, nous a trouvĂ© des langoustes et Paul nous a promis de nous apprendre Ă  les cuisiner Ă  sa façon. Rendez-vous Ă  bord pour un cours de Souada. Un pur dĂ©lice ! L’essayer c’est l’adopter, certainement un best of de la marmite de Boomerang Tome 2. A suivre….

Le temps file, nous prĂ©parons l’arrivĂ©e de nos amis et les retrouvons comme prĂ©vu Ă  l’aĂ©roport. On est les mets tout de suite dans l’ambiance capverdienne avec les plats du coin 😂

Nous organisons une sortie d’un journĂ©e, aux Salines et Shark Bay avec Patrick, qui nous dĂ©gote un petit resto local Ă  Pedro de Lume. Un accueil, de Nagil, et de son cuisto, qui m’ouvre les portes de sa cuisine, encore une !

C’est la course avant le dĂ©part, entre le linge, l’avitaillement, les formalitĂ©s et surtout les « adieux »; non plutĂŽt des aurevoirs, mais sans date de retour. Inch allah les amis !

2 Replies to “L’Ăźle de Sal et sa Morabeza Puissance 10 đŸ€©”

  1. Bravo GeneviĂšve pour ce partage dĂ©taillĂ©,enthousiaste de ces belles dĂ©couvertes, de vos rencontres .Tu rends palpable l’authenticitĂ© de votre vĂ©cu. Faites bien provision de toutes ces joies et semez le bonheur sur votre passage. J’attends la suite avec impatience….

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :