El Hierro, une île, des hommes et une âme originelle.

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Nous terminons notre tour des îles des Canaries, avec El Hierro, en regrettant de ne pas avoir pu visiter La Palma, seule île des Canaries manquant au tableau de Boomerang.

El Hierro, plus petite île de l’archipel des Canaries, en taille, mais aussi en nombre d’habitants, conserve certainement l’âme originelle de l’archipel des Canaries. 10 900 habitants c’est la taille en France d’une petite commune rurale, c’est aussi la taille d’un territoire où tout le monde se connaît et où tout le monde défend corps et âme, sa terre.

Son gouvernement autonome a pris, de longue date, des décisions de tourisme durable, loin des sirènes du tourisme de masse de ses îles soeurs, et rapidement obtenu le classement de réserve de biosphère de l’Unesco. Il milite aussi pour une indépendance énergétique totale avec l’aide du vent, du soleil et d’une partie d’énergie thermique.

D’un point de vue du tourisme, l’île a su mettre en avant tous ses atouts, avec une signalisation à faire pâlir bon nombre de pays plus importants. L’accueil y est toujours parfait même si les français sont peu représentés contrairement aux espagnols, allemands et anglais.

Sa population, entretient la vie collective de l’île, sous forme participative, et fait preuve d’une certaine forme de résilience…

Il fait bon vivre à El Hierro, et cela se ressent instantanément sur les visages illuminés des larges sourires de ses habitants. On a vraiment l’impression qu’il s’agit d’une communauté soudée.

L’histoire de l’île est centrée sur les Bimbaches, première peuplade présente sur l’île vers l’an 120 jusqu’au XVe siècle, lesquels ont laissé des valeurs en héritage, valeurs toujours partagées par leurs descendants. Nous aurons l’occasion de vous expliquer tout cela en détails. Mais pour l’instant la rubrique devenu classique :

L’essentiel du petit marin à El Hierro

Notre escale est le port de l’Estaca au Nord car celui du Sud,  à la Restinga ne dispose que de peu de places (suite à une tempête de sud ayant arraché un ponton), condamnant les navires à s’amarrer le long d’un quai parfois destructeur…
La marina de Estaca gérée par les Puertos de Tenerife est le port des Ferrys desservant les autres iles. Aucune réservation ne semble obligatoire. Le nombre de places libres est important, et les pontons sont quasi neufs.
Quand vous arrivez, il suffit de contacter à la VHF le 14, pour obtenir l’autorisation d’entrée, ensuite vous choisissez votre place.
Puis vous allez voir la police portuaire, très sympathique, qui vous encaissera et vous donnera votre carte d’accès aux douches, au demeurant très propres.
Un seul commerce, une cafétéria dans le hall des ferries qui propose contre une boisson, un bon WIFI.
Les autres commerces sont à la capitale Valverde, distante de 9 km et située dans les montagnes au dessus du Port. Une zone de baignade avec plongeoirs flottants et petite plage de sable noir, jouxte le port et offre une pause fraicheur et snorkeling.

 

El Pinar : terre de mes ancêtres

S’il y a une commune que je me devais de visiter sur cette île, c’était bien ce village, perché au Sud, au-dessus de la Restinga.
Il porte presque mon nom 😂 donc le rapport était bien établi ! Terre de mes ancêtres, vous ai-je dit !
Ceci étant, ce village est bien sympathique avec son église particulière (le clocher est séparé du reste), un panorama sur l’océan juste unique, une boucherie au label Ecologico et son vignoble, avec un petit viticulteur du nom de Elysar, un bon vin rouge pour accompagner une bonne côte de boeuf.

Le Roque de la Bonanza

A quelques kilomètres du port de l’Estaca, on peut admirer dans le décor féérique de la baie de Las Playas, le roque de la Bonanza, devenu le symbole d’El Hierro. C’est un affleurement volcanique, en forme d’arche, qui émerge de la mer à près de 20 mètres de haut. Cette immense baie, comme celles de El Golfo et de San Julian, sont la résultante de l’effondrement majeur d’édifices volcaniques gigantesque le long de la faille qui parcours l’ensemble des îles Canaries. On y accède par une jolie route à partir du port de Estaca menant à un tunnel à sens unique, remplaçant une ancienne route en partie effondrée.

Charco Azul

Dans l’immense baie de El Golfo, on se devait de s’arrêter aux plus belles piscines naturelles de l’île : les charcos Azul qui comme son nom l’indique nous proposent une palette de bleus infinis, sans oublier le blanc de l’écume bien entendu. Nous profitons de ce décor, pour pique niquer et apprécier pleinement cet endroit où nous ne pouvons pas et encore une fois, nous baigner pour cause de houle océanique trop importante. L’endroit est sublime mais il faut choisir son jour et son heure.

Nous poursuivons notre route en direction de Sabinosa et du phare de Orchilla. Nous nous sentons vulnérables au volant de notre Fiat 500 avec sont toit panoramique, si minuscule face aux montagnes environnantes…La route communale, étroite et sinueuse est régulièrement assiégée par des éboulis de pierre tombant de quelques milles mètres. Des filets métalliques offrent une protection qui nous laissent songeurs au vue de la taille des roches qui s’y amoncèlent…

El Sabinar

On y accède par une route en lacets à une voie particulièrement étroite, sans parapets, en espérant ne pas avoir à croiser un véhicule. En haut, après un passage sur une crête avec le vide de part et d’autre de la chaussée, la vue est à couper le souffle. La végétation lutte pour sa survie et s’adapte aux Alizées, nous offrant sur quelques kilomètres des sculptures naturelles qui n’ont rien à envier à César Manrique.  El Sabinar, dont l’origine du nom, est comme souvent lié eau lieu auquel il se rapporte. Ici c’est le royaume des  “sabines”, ces arbres aux troncs et branches tordues, trônant au milieu de roches recouvertes de lichen, qui subliment l’horizon et la mer.

A regret, nous reprenons la route vers la Punta Orchilla, tout au Sud, direction le “bout. du monde” !

Le Méridien Zéro et le phare de Orchilla

Le Faro de Orchilla a longtemps été considéré comme le “bout du monde”, avant la découverte de l’Amérique, parce que sa Punta était l’endroit le plus à l’ouest de l’Europe. C’est pour cette raison, qu’au IIème siècle, la carte de Ptolomée situe le méridien zéro à la Punta d’Orchilla. Au XVIIème siècle, il a été choisi comme le point pour établir le Méridien de Greenwich, qui sera relocalisé en 1885 sur la ville éponyme. Un petit port avec des charcos, se trouve encontre bas, mais il nous faut rejoindre au plus vite La Fronteira, à El Golfo, j’ai rendez vous avec Renan pour un baptême en parapente.

Baptême en parapente au-dessus de El Golfo : Magique !

A défaut de faire la randonnée du Chemin de la Péna ou celui de la Jamena (autre randonnée culte), je m’offre un survol en parapente au départ d’une zone de vol mythique, celle de Dos Hermanos. Ici, la présence des alizés, qui soufflent constamment en altitude, permet de faire du parapente dans les meilleures conditions toute l’année. Lorsque les alizés soufflent, les meilleurs endroits pour voler sont ceux donnant sur Frontera, et lorsqu’ils ne soufflent pas, vous pouvez aller de l’autre côté de l’île. Je suis surprise par le silence, ou tout du moins le peu de bruits générés par ce vol. Une petite demi-heure de contemplation, libre comme l’oiseau ! Que du bonheur !

La Pointe Nord : Charco Manso et Pozo de las Classons

Encore des petites routes serpentant tantôt entre les vignobles, tantôt dans une végétation rase et verte que nous devons certainement aux pluies diluviennes tombées voici quelques semaines. La Charco Manso est connue pour son arche de roche surplombant des piscines naturelles aménagées particulièrement jolies. Nous y faisons la rencontre d’un local, qui a élu domicile dans une des petites habitations surplombant la baie. Il est très fier de nous montrer son “paradis” et nous guide avec beaucoup de gentillesse. Nous pique niquons en sa compagnie à défaut de pouvoir profiter d’une baignade, la houle étant devenue trop dangereuse selon son expérience.

 

Nous nous rendons par la suite à Pozo de las Calcosas qui est un endroit unique dans la côte Nord-Ouest de l’île d’El Hierro: un pittoresque hameau avec piscines naturelles construit dans une petite baie naturelle fermée par une falaise. Il s’agit de l’un des hameaux des plus singuliers de El Hierro composé de maisons en pierre volcanique et de toits traditionnels en paille, posé en amont d’une coulée de lave drapée.  El Pozo de las Calcosas est un vrai musée ethnographique en plein air. Le sentier qui y descends est juste impressionnant.

 

 


GUACHINCHE Areguada à Guarazoce

On a enfin fait un Guachinche ! A l’origine les vignerons qui proposaient des dégustations de vins, ont proposé par la suite afin de ne pas laisser partir leurs clients sur des chaussures à bascule, une restauration basique et familiale . Nous y avons gouté et apprécié des produits locaux tel que le chorizo grillé de derrière les fagots, le queso local à la plancha et au Mojo rouge et vert, la côte de Boeuf maturée et pour terminer le Polvo Urugayo, tout cela dans un cadre familiale et atypique, perché dans les Montagnes, où la première vitesse de votre voiture est un élément obligatoire et incontournable, pour gravir les sommets.

 

San Julian

Comme nous le découvrons sur le site archéologique de San Julian au sud de l’île, les Bimanches ou Bimbapes sont les premiers habitants de l’Ile d’El Hierro, 120 ans avant notre ère. Ces aborigènes ont laissé en héritage à « l’île de Fer », des pétroglyphes et des concheros destinés aux sacrifices, les restes d’un ancien lieu de réunion des bimbaches, le Tagodor. Ces témoignages d’un autre temps sont particulièrement bien conservés, car découverts très tardivement et situés dans des lieux peu fréquentés. Les « Los Leteros » (Lettres) et ces « Los Numeros » (Chiffres), gravées dans la lave sur plusieurs centaines de mètres, ont permis aux chercheurs de situer leurs origines dans le Nord du Magreb. Elles demeurent pourtant indéchiffrables à ce jour et restent une véritable énigme pour les scientifiques. Au centre de Interpretation de San Julian où nous profitons de la vue pour une pause pique-nique, nous apprenons qu’une sortie en 4×4 avec un guide permet de découvrir leur histoire (sur réservation).

Quoiqu’il en soit ce peuple nomade, vivaient principalement d’agriculture, d’élevage, de chasse, pêche à pied (patel et chapeau chinois) et de cueillette. Loin d’être des marins, ils vivaient dans les terres. Habitaient des grottes ou de simples constructions en pierre, mais aussi dans les « Juaclos » ou tubes volcaniques qui sillonnent une bonne partie de l’île. Nous aurons la chance d’en visiter un lors de notre visite du village de Guinéa dans le El Golfo à l’ouest de l’île. 

La Guinéa

Le village de Guinéa, dont le nom selon les théories tirerait son origine de la traite d’esclaves africains en provenance de Guinée ou de la monnaie anglaise introduite par les commerçants de vins de passage, vaut le détour. 

Jusqu’à sa conquête au début du XVe siècle par Juan de Bethencourt (encore lui !!!), les Bimbaches vivaient coupés du reste du monde. Avec l’arrivée des premiers colonisateurs, ils abandonnèrent progressivement leurs « juclaos », au profit d’habitations plus classiques en pierres de lave et toit de paille de seigle, n’utilisant les tunnels de lave que pour le stockage des marchandises et comme étables. L’écomusée de Guinea, situé sur l’emplacement originel du village, offre un véritable voyage dans le temps. Quinze siècles d’histoire y sont reflétés à travers les usages, les structures et l’architecture. 

Nous nous y promenons et touchons du doigt la vie socio-économique précaire de ses habitants. Leur structure économique de subsistance, basée sur l’élevage et la polyculture, impliquait la pratique du métayage. Ce système, entraîna une coupure en deux de la société : métayers, versus propriétaires terriens. Ce qui nous frappe, c’est que ce système a perduré jusqu’à la moitié du 20ième siècle. Une terrible sécheresse en 1948, l’après-guerre, et les disparités sociales ont alors poussé nombre de familles à s’exiler vers l’Amérique du sud et plus particulièrement le Venezuela, laissant le village à l’abandon. Dans les années 70, une population en provenance de La Palma, l’île voisine, s’installe alors sur l’île. 

 Sur le même site, nous allons visiter un des nombreux tunnels de lave présents dans la région

 

Une lézardière pas comme les autres

Dans les Roques de Salmor vivait une espèce de lézard préhistorique qui s’appelait le Lézard Géant de Salmor, aujourd’hui disparue. Mais vous pouvez contempler une sous-espèce dans le Centre de Récupération du Lézard qui jouxte l’écomusée de Guinea. Ce reptile endémique, parmi les plus menacés du monde, est en danger d’extinction. Vous pouvez le voir en vrai et comprendre comment l’arrivée des colons avec de nouveaux prédateurs (chat et rats) a failli le faire disparaitre. Charles ne se lasse pas de photographier les spécimens de près de 50 cm de long. Un programme de préservation en milieu naturel est en cours depuis 1994 et des lézards ont été réintroduits dans les Roques de Salmor (îlots isolés), à l’abri des nouveaux prédateurs.


Le mirador de la Penà 

Les villages du Nord de l’île (Guinéa, Guarazoca, Erese ou El Monacal), n’avaient pas de population fixe. Les habitants « transhumaient » au gré des saisons. Ils empruntaient le « Chemin Royal de la Pénà » : l’hiver, les verts pâturages d’altitude et l’été, le plateau de El Golfo, pour la récolte du vin. Une randonnée sur ce chemin est aujourd’hui toujours possible jusqu’aux abords de Las Puntas.

Nous ne la ferons pas, car nous n’avons que peu de temps, avant de mettre les voiles vers le Cap Vert. Mais nous nous rendrons au Mirador de la Penà, qui offre un panorama à couper le souffle sur le El Golfo. Un restaurant avec vue panoramique y a été inauguré dans les années 80 par, je vous le donne en mille : César Manrique en personne. La photo ci dessus n’est pas truquée. Lors de notre passage, une barre nuageuse très nette coupait la prise de vue en deux.

 

 

 

Garoé

L’histoire de l’eau à El Hierro est liée aux rares sources qui s’y trouvent et ses habitants en ont particulièrement souffert. Le point d’eau le plus mythique de l’île est sans conteste, la source El Garoé, ou Arbol Santo (L’arbre « Saint »). La légende veut que cet arbre ait sauvé les habitants de l’île d’une grande sècheresse grâce à son pouvoir de distiller de l’eau. L’arbre original, détruit par un ouragan en 1610, fut remplacé symboliquement par un tilleul en 1949. 

A défaut de pouvoir compter sur des cours d’eau ou des sources comme dans les autres iles de canaries, les habitants de l’île ont adopté des pratiques ancestrales, (dont un grand nombre proviennent des Bimbapes ou Bimbaches). Par exemple, l’emploi de maretas (systèmes de conservation de l’eau dans le milieu naturel) et les guásimos, concavités naturelles ou creusées à l’intérieur des arbres, qui peuvent retenir jusqu’à 100 litres d’eau. De grandes retenues d’eau ont été aménagées depuis par les collectivités dans d’anciens cratères. 

 

La Restinga : 

Pour les experts ou les débutants, La Réserve marine de La Restinga représente le spot de plongée ou de snorkeling à ne pas manquer. Dans la mer de Las Calma, ou mer tranquille, pas ou peu de courant et des fonds parait-il incroyables.

Mais il existe aussi le musée Géologique du Géoparque, juste au dessus de la ville, musée qui retrace avec précisions et détails, l’éruption volcanique et sous marine de 2012 et la formation originelle de l’île. Musée très Intéressant !

 

 

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